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Vendredi 28 juillet 2006
Petit tour de piste pour ceux avec qui je n'ai pas eu de contacts récemment :
Je pars en Argentine "en voyage" pour le mois d'Août, et à la fin du mois j'arriverai à Caracas où je passerai un an pour réaliser ma quatrième année d'Architecture à l'Universidad Central de Caracas. Après ? C'est bien loin, je n'en sais rien.

Mon vieux site : http://pietshah.free.fr
Pour ceux qui veulent plus me lire :
- Villageois des Andes péruviennes
- écrits de Russie

N'hésitez pas à m'écrire !
Par Pierre-Charles Marais
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Lundi 7 août 2006
Dans mon premier article, j'ai mentionné un livre qu'il me parait indispensable de lire pour toute personne qui souhaite comprendre ce qui se passe au Vénézuela, et ce qui me le fait déjà tant aimer.
"Chavez Presidente", de Maurice Lemoine, chez Flammarion.
Un pavé de 850 pages qui fait rire toutes les 10 pages, et fait sortir la larme à l'oeil autant de fois. Il vous faut le lire si vous voulez me suivre.

Il coûte 25€, mais vous ne regretterez pas l'investissement.

Il y a aussi beaucoup de choses sur Internet concernant le Vénézuela.
Je vous déconseille assez catégoriquement tout ce qu'ont pu écrire les médias officiels (aussi bien les médias "sérieux" que ceux d'extrême gauche). La lecture de Chavez Presidente vous fera comprendre pourquoi.

Je publierai des infos et des liens un peu plus tard.

Par Pierre-Charles
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Mercredi 6 septembre 2006
Première tempête

La pluie tombe en un flot ininterrompu. Les trombes d’eau paraissent tout écraser au sol, même la lumière. Les montagnes ont disparu, nous laissant un paysage gris angoissant. Toutes les couleurs de la ville, ses sons, ses cris, sa musique, toute son agitation, tout a disparu. Les passants se replient sous l’abri le plus proche, les maisons se ferment, tout se recroqueville sur lui-même.
Dans les embouteillages, seule la carrosserie luisante des voitures qui s’empressent autour du bus reste la même.

Première tempête

Mes rêves sont déjà bien loin. Toutes les images que j’avais de Caracas, tous les espoirs que j’y avais placés, tout s’est envolé.
Je suis complètement écrasé par le poids de cette ville complètement congestionnée, pesante, agressive. Tout y est gris ; béton, béton, béton. Les voitures sont maîtres de lieux et remplissent toute la ville sur les rues, routes, autoroutes qui ont priorité sur tout. Depuis leurs gros 4x4, les conducteurs se fichent autant des feux rouges que des piétons. L’air est plus pollué que sur le périphérique parisien, et le bruit est omniprésent : crissements, vrombissements, klaxons à répétition…
Mais surtout, ce qui est dur, c’est la ségrégation omniprésente : la ville est coupée en deux, séparée par des barrières qui sont parfois physiques (clôtures, murs, autoroute, rivière), parfois psychologiques. Il y a comme deux planètes qui ne se connaissent pas et se craignent réciproquement. D’un côté, les pauvres, de l’autre, les riches.
Dans les quartiers aisés de Caracas, tout est assez bien organisé, quadrillé, nettoyé. Les tours de bureaux s’élèvent avec toute leur arrogance non loin de résidences très chic. On ne s’y déplace quasiment qu’en voiture ou en taxi. Surtout après 19h, la nuit tombée : pas question de sortir à pied, trop dangereux !
De jour en jour, de rencontre en rencontre, on m’explique sans fin que je ne dois jamais sortir seul, jamais marcher de nuit même accompagné, ne prendre que des taxis réservés par téléphone, et ne pas m’aventurer en dehors des « quartiers sûrs ».
Dans les beaux appartements, il y a un placard qui contient du sucre, de l’huile et de la farine pour le jour où les pauvres, n’en pouvant plus, assiègeront l’Est de la ville.
Tout le monde est habillé comme en Europe – jean bleu, tee-shirt ou chemise, baskets ou chemise… En fait, la ville se construit sur le modèle des Etats-Unis. Malgré l’anti-impérialisme très populaire, l’influence américaine est très présente sur le mode de vie : anglicismes innombrables, médias, vêtements, sports, musique, voitures… L’apparence compte plus que tout, au point que beaucoup de personnes sont d’un superficiel consternant. Nombre de personnes mettent l’équivalent de deux mois de salaires dans leur téléphone portable, et conduisent une voiture reluisante alors qu’ils vivent dans un appartement inconfortable.
Mais le plus dur, c’est cette peur omniprésente. Peur des bandes, peur des « mauvais », peur des pauvres… Et pas seulement auprès des plus riches, mais de toute la classe moyenne.

De l’autre côté, il y a les bidonvilles, qui constituent plus de la moitié de la population vénézuelienne (concernant Caracas seulement, ce taux doit être plus élevé).
Bidonville est une expression approximative pour parler de ce qu’on appelle ici les « barrios de ranchos » - les quartiers de maisons précaires, on pourrait dire. Il s’agit de zones qui ont été envahies par les familles issues de l’exode rural massif. On parle d’invasion car l’arrivée de ces personnes n’a jamais été organisée. En France, à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, alors que l’émigration depuis les campagnes s’initiait, vers les usines, là où il y avait du travail, des sociétés philanthropiques, puis l’Etat, ont lancé la construction d’habitat bon marché, appelé plus tard HLM puis logement social. Cette réaction a été assez tardive, laissant longtemps les « immigrés » dans des situations de logement très précaires, des bidonvilles comme il en existe encore aujourd’hui à Paris (assez peu nombreux, certes, mais allez vous promener à Bobigny ou dans les « campings » de l’est !). C’est d’abord les entreprises elles-mêmes qui ont construit des logements pour leurs ouvriers : cela leur permettait de garder le contrôle dessus et de les faire travailler plus, tout en faisant preuve de philanthropisme. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que l’Etat a vraiment pris en charge son rôle : loger sa population.
Au Vénézuela, cette intervention n’a existé que de manière très ponctuelle. Les premières arrivées massives datent du début du siècle. Les arrivants s’installent à la mesure de leurs moyens, sur un terrain que les occupants leur affectent : d’abord quelques bouts de cartons, une tôle, des matériaux récupérés. Puis quelques briques, de petites poutres et des murs, un toît s’installent ; un tuyau d’eau, un fil électrique, arrivent d’on ne sait où, piqués sur le quartier d’à côté.
La première caractéristique de ces quartiers, c’est leur anarchie totale. Chacun s’est installé à côté d’un autre, jusqu’à ce que l’espace soit plein. Dans une ville, des rues sont tracés à la suite d’une réflexion urbaine, les réseaux sont installés et des parcelles définies où les gens peuvent construire.
Là c’est l’inverse : on s’installe et plus tard, les passages s’installent d’eux même – principalement piétons : il s’agit de chemins ou d’escaliers qui arpentent la montagne sur des kilomètres, entre les maisons. Il n’y a pas un mètre carré à plat, les quartiers épousent la montagne. Le plat, c’est la vallée en bas, là où la ville est organisée en rues perpendiculaires.
Avec l’âge du quartier, son infrastructure évolue, au rythme des travaux menés par les habitants : quand le tuyau d’eau devient vraiment trop petit pour le nombre de maisons, on en met un autre à coté. Le collectage des eaux usées est très insuffisant et part directement dans le cours d’eau, en bas. Mais dans ces quartiers il y a quelque chose encore pire que l’entassement, que le manque d’hygiène, que le chemin qui devient boueux à la première averse, que le manque d’argent pour acheter à manger : il y a les bandes.
Les bandes, ce sont des groupes de mauvais garçons qui contrôlent un territoire. Ils n’hésitent pas à prélever des péages sur les chemins, sont mêlés aux traffics. Il n’y a pas une journée sans que des bandes s’affrontent à coup d’armes à feu – il vaut mieux ne pas être sur leur chemin. Il y a les camés aussi, qui ont besoin d’argent.
Et moi, le blanc bec, le gringo, je fais tâche.


Eclaircie

Sans la pluie qui tombe à flots, de temps à autre, Caracas ne serait pas une jungle urbaine dans la jungle de sa végétation.
Tout autour de la ville s’élèvent les montagnes de la fin de la Cordillère des Andes, couverts d’une végétation luxuriante. On voit rarement leurs sommets, pris dans les nuages. La ville s’étend tout en longueur dans la vallée, coincée au sud et au nord. Le mont Avila est le point culminant du Parc National qui borde directement la ville.
Partout les plantes émergent des balcons, de derrière les murs, des toîts. Les palmiers s’élancent de tous côtés, les bambous font tunnel au dessus de l’autoroute, les ficus sont grands comme des chênes, toutes sortes de plantes tropicales émergent de chaque coin de terre laissé libre. Tout ce vert intense donne une énorme bouffée d’oxygène au gris de la ville. On sent que tout pousse, ici. Les feuilles arborent des nuances de vert qui vont du blanc au noir. Il fait chaud et humide, le climat est parfait. Au milieu de la nuit, il faut se couvrir un peu, c’est la saison fraîche. Quand il pleut, aussi, il arrive que la température descende un peu en dessous de 20°. Au plus chaud de la journée, au soleil, ça chauffe – autour de 30°.
La maison de mon hôte, Diana, exprime parfaitement cet équilibre : passé la porte d’entrée, donnant sur la rue, on arrive dans un patio qui fait office de salon. On peut s’y asseoir pour regarder les étoiles qui brillent bien plus fort ici qu’en Europe, entre quelques plantes luxuriantes et le chant des grenouilles (voir l’enregistrement de Carlito, plus bas). Autour, s’articulent les chambres des personnes qui vivent ici… elles n’ont pas de fenêtres ! Une simple persienne permet de partir tranquille. De l’autre côté, un autre patio accueille la cuisine. Pas de toit dans la cuisine, non ! Ca, pour moi, c’est le top…
Je suis ici dans un quartier chic assez éloigné de Caracas – c’est l’inconvénient : une heure trente d’embouteillages matin et soir… Mais le village est vraiment très agréable : les maisons colorées s’étalent sur la montagne, formant une mosaïque aux tons chauds sur fond vert intense.
Le soir les gens traînent dans les rues, vont sur la place Simon Bolivar (quasiment toutes les places s’appellent ainsi) ; ils sont assez ouverts, facile d’entamer la discussion avec quelqu’un.

Eclaircie

Je ne me sens pas vraiment bien, ici, mais bon, c’est le début non ? Toutes les difficultés s’accumulent : difficile de trouver un logement, formalités administratives ennuyeuses, pas encore d’amis, pas de personnes sur qui se reposer… pas de repères. Un monde agressif que je veux connaître, mais paraît ne pas vouloir de moi.
A la Faculté d’Architecture où j’ai commencé les cours le jour même de mon arrivée, cela a été la première surprise : nous ne sommes que 6 personnes en « intercambio », donc rien n’est prévu pour nous. Apparemment, même au sein de toute l’université, il n’y a que très peu d’étrangers – l’université centrale du Vénézuela est un énorme campus au centre de Caracas, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, je vous en parlerai plus tard, j’ai beaucoup de choses à dire sur l’architecture ici !
Pour mes collègues d’archi, je ne peux pas résister : ici, il y a une marque de vêtements qui s’appelle « Le Corbusier » !

Le village d’El Hatillo est beau et agréable, mais il a des teintes de privilège. Je ne veux pas vivre dans un carcan protégé de la réalité. En découvrant ce monde qui renie ce qu’est vraiment le Vénézuela, j’ai eu envie de m’intéresser à l’autre extrême : les barrios. Dans ce sens, j’ai intégré au sein de l’école une unité de projet appelée E.P.A, pour Ecole Populaire d’Architecture. Seuls 6 élèves s’intéressent à ce vieux professeur un peu fou qui se réclame de l’architecture « en lien avec la réalité » et travaille, avec son équipe d’étudiant, dans les barrios. Après une simple conversation avec lui, je savais que c’était là qu’il me fallait aller : s’intéresser à une architecture en application directe avec le mode de vie des gens. J’ai passé le dimanche avec lui, il m’a donné un premier aperçu du barrio avec lequel nous travaillons. Nous sommes arrivés en plein show de campagne électorale. A chaque coin de rue, une surprise : des portes ouvertes, des gens dans la rue, de la musique… de la vie ! Par contre, pas question de monter dans le quartier sans être accompagnés de gens du coin, il nous faut rester dans la partie basse, plus ouverte sur la ville, plus sûre.

Depuis, j’hésite beaucoup. Pourquoi pas essayer de vivre dans le barrio ? La vie y a l’air beaucoup plus énergique que dans les quartiers riches. Musique, convivialité… Ce serait renoncer à pas mal de confort, et laisser toute technologie derrière moi, mais cela pourrait en valoir la peine. Le premier problème, c’est la sécurité ! Comment faire, moi qui suis tout blanc et qui ressemble à un dollar ambulant ?
Et puis, d’un autre côté, tous les habitants du quartier, s’ils avaient une condition meilleure, partiraient d’ici. La plupart des familles (5 personnes au moins) vivent sur un seul salaire, celui de l’homme qui gagne difficilement 350.000 bolivars, soit 110€. En terme de pouvoir d’achat, cela représente autour de 350€ en France. Comment moi, avec toute ma richesse, puis-je m’installer ici ?

Au milieu, entre le monde des riches et le monde des pauvres, il y a un Caracas grouillant, hallucinant, plein de marchands ambulants, de marchés partout, de musique à fond, de rues glauques, d’immeubles immenses, de gens qui dorment dans les poubelles aussi… la ville qui vit. J’ai commencé à explorer ce labyrinthe. Il paraît très laid, car tout y est moche. Mais on peut y voir autre chose, dans cette multitude, dans cette effervescence…

Tout est fou.
Je suis dans un petit passage à vide, mais c’est normal. Dans tout voyage, j’ai toujours ce moment là ; ce moment où rien n’est sûr, où il n’y a pas beaucoup de plaisir, où le temps paraît long. Mais à chaque fois, cela se transforme vite !

Par Pierre-Charles Marais
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Mercredi 22 novembre 2006
Mardi 21 novembre 2006. Dans 12 jours, les élections.
Un suspense qui monte avec ardeur, aussi bien pour l’enjeu que cela représente – pour les uns une salvation ultime, pour les autres la confirmation que la révolution ne fait que commencer – que pour l’angoisse de ce qui va se passer le lendemain. Les rumeurs défilent… si Rosales gagne, les barrios vont fondre sur le centre. Ce serait trop d’espoirs effondrés, trop d’années à commencer à construire le « gouvernement de la rue », comme l’appelle Chavez, pour que tout disparaisse et que le pouvoir reviennent dans les mains des élites qui ont gardé le pays pour eux depuis l’installation de la démocratie en 1958. De retour un président avec une cravate, qui n’a jamais mis les pieds dans un barrio et qui n’a pas l’intention de changer quoi que ce soit, si ce n’est reprivatiser les entreprises nationales et renouer les relations avec les Etats-Unis. Comment supporter cela ? Comment supporter le retrait de la Révolution bolivarienne, qui a fait naître les conseils communaux, les coopératives, les services de proximité… Comment laisser partir le héros qui a compris les pauvres et leur parle comme l’un des leurs, tout originaire qu’il est d’un petit village des Llanos ?

Si Chavez gagne, ce que les sondages indiquent avec une estimation autour de 60% des voix, c’est l’opposition qui prendra la rue. Des articles sur Internet parlent d’un plan « Aube Rouge » qui viserait à prendre le pouvoir par la force le 5 décembre, après avoir constaté les fraudes massives. « Aller voter le 3, commencer les protestations le 4 et virer Chavez du pouvoir le 5  avec le soutien des forces armées.»
Cela fait longtemps que les paranos professionnels ont remplis leurs placards de produits de survie, au cas où. C’est vrai que l’on peut faire référence à la grève de 2002, qui a paralysé le pays pendant 3 mois : plus de carburant, plus d’approvisionnement des magasins (on ne pouvait même plus trouver une bière ! dit-on) mais surtout plus de revenus pétroliers, ce qui s’est traduit par une chute d’environ 15% du PIB, autant dire un pays qui tombe en ruines. L’opposition contrôle l’économie, l’opposition contrôle les médias, mais maintenant le pétrole est nationalisé, et les médias publics se sont développés.

Que va-t-il se passer le 4 décembre 2004 ?
L’opposition va appeler à la fraude, bien que les élections vénézuéliennes soient les plus surveillées du monde et n’aient rien à envier à la plus grande démocratie du monde. Il y aura des manifestations, mais il est probable qu’il ne se passe pas grand chose… un ami m’a expliqué aujourd’hui : le Venezuela est un pays spontané, l’impossible arrive quand on s’y attend le moins. Mais quand tout paraît attendu ainsi, rien ne se passe.

On en est là, dans une polarisation énorme de la société vénézuelienne. Quand on verra les résultats des élections, on verra des zones qui auront 100% de votes pour Chavez. Ou 98%. Ce sont les barrios. D'autres auront 80% - des quartiers populaires. Dans l'Est de Caracas, on verra du Rosales 90%, Chavez 1%. Mais bien sûr il y a des endroits plus pondérés.
Il y a Chavez, et Rosales. Il y a le parti de la révolution bolivarienne, et il y a l'opposition. Il y a les chavistes, et les anti-chavistes. Voilà ce qui est le plus fou, en fait : l'opposition n'a aucun programme. On ne parle pas de droite, on parle d'opposition. On ne parle pas d'un programme politique nouveau, on parle de Chavez le fou. "Tout sauf Chavez", voilà ce que j'entends dans mon immeuble. Tout le monde sait que Rosales signifie un retour au système politique pourri qui existait avant 1998 (l'élection de Chavez). Ils croient que le départ de Chavez va résoudre tous les problèmes du Venezuela.


Les professeurs anti-chavistes s’organisent pour clôturer les examens avant les élections, persuadés qu’ils sont d’un chaos hypothétiques. Les chavistes (discrets, car peu nombreux dans ma fac de bobos) eux, ne changent rien à leur programme.
Ce ne sont que des élections, après tout.
Par Pierre-Charles Marais
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Mercredi 22 novembre 2006
Les dernières 24 heures furent chargées d’émotions que j’avais presque oubliées : montée de stress, excitation, bouffée d’orgueil… Beaucoup d’excitation, surtout. Il faut vous dire pourquoi : aujourd’hui, j’ai rencontré CHAVEZ !
Bon, rien d’extraordinaire, j’ai juste pris place dans une assemblée de cent personnes dans le palais présidentiel, mais tout de même, ce fut un grand moment pour moi – je vais tâcher de vous l’expliquer.
Hier après-midi, je marchais dans le barrio avec Juliette et le profe, tranquilo, à prendre des mesures, des altitudes, à me demander comment on va bien pouvoir dessiner ce truc qui part dans tous les sens… à s’arrêter sans arrêt pour causer à gauche à droite…Le rythme du travail n’est pas trop dur, au vu des innombrables paramètres qui font que l’on n’avance à rien, que l’on arrive en retard et que l’on doit repartir tôt. Je ne rentre pas dans le détail, c’est toute une culture !
Vers 4h, Soraya, une architecte qui travaille pour le métro de Caracas et que j’ai rencontré plusieurs fois déjà, appelle le prof pour lui dire qu’elle a absolument besoin de maquettes de l’atelier, pour présenter le projet le lendemain lors de son acte inauguratif – décidé à la dernière minute. Pour elle grand stress, il faut modifier la maquette. C’est pourquoi je lui propose de lui filer un coup de main.
Me voilà donc dans un bureau du quartier huppé de Chacaito, un cutter dans une main, le tube de colle dans l’autre. Edgar, qui est également de l’atelier, est déjà là. Le personnel de l’entreprise défile dans la petite salle… Beaucoup de monde nous regarde, fait des commentaires, s’en va, revient… c’est plutôt amusant. Débarque le président de Metro-Caracas, qui vient prendre connaissance du projet pour la présentation du lendemain. Un drôle de bonhomme… c’est un militaire, un gars qui il y a quelques mois ne connaissait rien ni des métros ni de la planification urbaine, mais c’est un sacré chef… les questions fusent, au taco-tac. Question précise, réponse précise exigée. Temps d’attente consacré pour la réponse : autour de deux secondes. Si tu ne réponds pas assez vite et assez précisément, tu es hors-jeu. Le bonhomme te juge en une fraction de seconde, ceux qui ne l’intéressent pas méritent à peine son attention. A travers ses questions, il construit sa connaissance du projet, pour ne pas se faire piéger le lendemain. Edgar se lance dans une critique du projet, en exposant diverses problématiques du barrio. Stupéfiant, le chef l’écoute avec attention. Au bout d’un moment, il lui rétorque : hey, pourquoi tu ne travailles pas pour nous, toi ? Si tu veux on arrange ça.
Voilà, Edgar a trouvé un boulot. Tout va très vite ; c’est bizarre, c’est pas comme ça le Venezuela !
Voilà qu’un autre gars en tee-shirt débarque dans la petite salle. Il ne paraît pas inconnu, les visages paraissent gênés : c’est le ministre des infrastructures, qui se dirige vers le PDG. « Salut, Gonzales, il y a un changement de programme. Le comandante n’ira pas à San Augustin demain, problèmes de sécurité. On se divise : toi tu vas présenter le projet au barrio, et inaugurer les travaux avec Freddy [le maire de Caracas], et l’équipe vous allez à Miraflores ».

Voilà comment ce matin je me suis retrouvé à l’entrée du palais présidentiel à passer les divers contrôle de sécurité, pour me retrouver dans le salon Ayacucho d’où Chavez allait faire son show.
Oui, il s’agit bien d’un show. Du moins, c’est comme ça qu’on appellerait ça, nous autres coincés du derrière. Je ne crois pas me tromper en disant que ces deux heures de discours que nous a fait Chavez étaient moins ennuyantes que n’importe quel show, plus émouvantes que bien des œuvres, et plus instructives que bien des cours.
On peut dire ce qu’on veut, analyser tout ce qu’on veut, il n’y a pas à dire, on peut presque tomber amoureux de Chavez. C’est vraiment une expérience que de le voir.
A la télé, on ne se rend pas compte comment le bonhomme contrôle tout avec une aisance déconcertante, on ne se rend pas compte de la simplicité qu’il met dans l’acte de communiquer. Chavez est tout sauf un fou, tous les traits de sa politiques s’inscrivent dans un cadre bien calculé. Mais c’est un impulsif, un homme de sang chaud, un vénézuelien qui aime quand il parle ! Il n’hésite pas à insulter une mauvaise organisation, à dire ce qui ne va pas, à bouillonner… mais aussi à faire des blagues, à dire aux gens qu’il les aime et à exprimer ses idées bien clairement, même si ça déblaye dur au passage.

Dans le salon luxueux, quasiment tout le monde est en tee-shirt rouge, casquette rouge. La tripotée de ministres assis au premier rang est dans le même genre, jean, chemisette, etc. Seuls deux blanc becs se tiennent bien droit dans leur costume bleu foncé, nœud de cravate bien serré, au qui-vive. Il s’agit d’un représentant autrichien et du PDG de l’entreprise qui va construire le téléphérique. Ils doivent être morts de trouille. Affronter Chavez… il ne suffit pas d’être poli et de bien réciter son texte. L’épreuve doit être impressionnante pour un élève d’une grande école, face à un chef d’Etat, un grand homme, mais aussi un homme en chemisette bien entrouverte, qui n’arrête pas de faire des blagues et de raconter des annecdotes. On parle de Parque Central, voilà qu’il raconte pourquoi il connaît bien le lieu, car dans les années 80 il rendait visite à son frère qui y habitait, et il débarquait chez la famille pour comploter contre le système autour d’une bonne bouteille, comme il dit. On parle de l’avenue victoria, le voilà parti à raconter que pendant son service militaire il faisait souvent le chemin pour aller voir une amie qui habitait dans une résidence pour jeune fille. Et voilà qu’il nous raconte comment il se débarrassait de son uniforme, bien que ce fut interdit à un soldat de s’habiller en civil à l’époque, pour pouvoir pénétrer dans le bâtiment. Petit mot sur le plaisir d’une visite dans un immeuble rempli de jeunes filles. Explication sur l’injustice de l’obligation permanente du port de l’uniforme : non mais vous me voyez, débarquer sur la plage avec mon uniforme bleu et mon épée en bandoulière ?
Pendant deux heures, Chavez a expliqué les deux projets qu’il inaugurait, passant en revue les aspects techniques et sociaux des dits projets. Naturellement, il explique tout ce que cela va apporter – beaucoup, il n’y a pas à dire. Un assistant lui apporte un plan, le voilà qu’il le pose devant lui. Il est beaucoup trop grand ce plan, mais il le met devant son visage et rétorque en riant qu’après tout, c’est le plan qui est intéressant, pas lui !
Il captive son auditoire.
Combien de passagers par heure ? Combien de temps de trajet ? – en direct, il fait son calcul : ils vont gagner 30 minutes par jour, par 365 jours par an, 3 fois 5 quinze, je retiens un, 19, ça fait 180 heures économisées chaque année pour chacun des quarante mille habitants de San Augustin ! « Les amis je suis désolé, on a pas de bon centre statistique, il va falloir changer ça, en attendant je fais mes calculs ! »

Comme c’est la journée de l’étudiant, on a le droit à un petit cours d’histoire, aussi. C’est toujours intéressant, de l’écouter. Un assistant lui apporte un petit papier. « Oui, on est en retard, bon enfin, comme d’habitude ! Allez, on passe l’antenne à Freddy, qui est à San Augustin pour nous dévoiler la première cabine du Metro-cable. Comment ça va Freddy ? »
Les écrans passent la communication aux équipes du barrio. La foule chantent autour des officiels « Uh Ah, Chavez no se va ! » [ouh, ah, Chavez ne s’en va pas. Ce sont les paroles d’une chanson devenue mythique, qui s’oppose au départ de Chavez. L’écouter]
Après quelques mots officiels mais militants, la parole est donnée à une femme représentante de la communauté, qui commence par dire à « Hugo je t’aime, nous t’aimons tous ! » ce à quoi Chavez répond au taco-tac « moi aussi mon amour, je t’aime ! ».
La parole est passée à des enfants que Chavez interview en direct « quel âge as-tu ? Où vas-tu à l’école ? »
Les écrans retournent à la salle du palais, où nous sommes. Le discours continue… un autre projet, pose de la première pierre d’une nouvelle ligne de métro… direction plaza Venezuela où tout un cortège lève une nouvelle ovation au président.

Voilà en quelques mots comment s’est passée cette matinée. Ce bonhomme est vraiment incroyable. Si on rapproche un programme politique vraiment excellent au charisme qu’il dégage, on comprend son soutien populaire.

Il m’est difficile de parler plus de la personnalité de Chavez. En fait, ce n’est pas tellement intéressant car après tout on se fiche de l’homme, ce qui compte c’est ce qu’il fait, mais il faut connaître le personnage pour se rendre compte du charisme qu’il a. Ce charisme, cette proximité que les classes basses lui reconnaissent parce qu’il parle comme quelqu’un du peuple, parce qu’il va dans les barrios, parce qu’il fait énormément pour cette population (qui représente 60% du pays, ne l’oublions pas) à laquelle aucun dirigeant ne s’était jamais réellement intéressé, c’est cela qui fait Chavez.
Le plus important, le processus de la révolution, j’en parlerai dans mon article sur la politique.

Aujourd’hui, j’ai compris quelque chose de « bien important », comme on dit ici.
Quand j’étais dans ce salon, j’ai senti les motivations d’une politique, de toute une ambitieuse pensée qui vise à développer un pays qui manque de presque tout, sauf de bonheur. Mais ce que j’ai senti, aussi, c’est l’odeur du pouvoir. Toute cette adulation, toutes ces responsabilités, tous ces projets – tout cet argent – se réparti dans des mains qui acquièrent d’autant plus de pouvoir qu’elles sont populaires. Je n’ai pas vraiment d’opinion sur le sujet… ça pue le pouvoir, mais en même temps on ne va pas reprocher à un gouvernement d’être populaire, non ?
En fait, ce que j’ai réalisé, c’est la différence entre la recherche du pouvoir que doivent lorgner bien des opportunistes qui enfilent le tee-shirt rouge, et l’altruisme qui m’envahit comme les autres lorsque je parcours le barrio. C’est cela, quand on se mêle au travail communautaire, on rencontre sans arrêt des gens plein d’énergie, qui croient dans leur futur, qui on envie de changer des choses et parlent avec enthousiasme, même si rien ne va comme il faudrait… Les gens s’organisent, c’est dur mais les choses avancent, petit à petit.

Les habitants des barrios se sont toujours organisés entre eux, car ils n’ont pas le choix : délaissés, quand ils sont arrivés, il leur a fallu tout organiser eux-mêmes. Naturellement, des systèmes d’entraide se sont formés, pour aider les nouveaux arrivants (lui affecter un terrain, l’aider à faire sa maison), pour aider ceux qui ont un problème (tout le monde se cotise quand un enfant est malade), ou pour organiser la ville (réclamer trois sous à la mairie pour acheter des tuyaux et improviser les réseaux)… Mais depuis que le gouvernement s’occupe d’eux, tout change : la constitution décrit la participation populaire comme une composante des pouvoirs, les missions gouvernementales mettent en place des services de proximité, des budgets, des prêts sont accordés aux coopératives pour développer des projets de développement… Toute une population prend confiance pour travailler pour le futur.
Cette énergie, on la ressent partout, et cumulée à la générosité naturelle des gens, à leur sympathie, cela donne tout simplement envie de s’engager corps et âme avec eux.
Naturellement.
Par Pierre-Charles Marais
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Vendredi 1 décembre 2006
Jeudi 30 novembre, 9h00.

Il fait déjà près de 30°. Je passe par un supermarché, sur le chemin de la fac, m'acheter quelques fruits pour me remonter le moral ; le rythme du travail est dur, la fin du semestre arrive vite.
Le supermarché est déjà plein ; une foule s'agite à remplir ses paniers de condiments et autres produits de base. Ce qu'on remarque tout de suite, c'est que tout le monde a deux paquets de sucre à la main.
"Toi aussi, prends du sucre", me dit une dame élégante.
"Et des bougies".
Le sucre est rationné, pas plus de deux paquets par personne. Les bourgeois remplissent leurs placards, persuadés qu'ils sont que le pays va colapser lors des élections.
Les bourgeois s'affolent, les chavistes rigolent.
Moi je me marre aussi.

Du riz, de l'huile et du sucre... tu parles ! Ils feraient mieux d'acheter de la bière, pour se détendre un peu.
En parlant d'alcool, il va falloir faire le plein : samedi et dimanche s'applique la "ley seca" [loi sèche] qui interdit toute vente d'alcool et toute consommation sur la voie publique ainsi que dans les commerces. Eh oui, c'est les élections, ça ne rigole pas... Mais rien ne sera meilleure que boire un verre chez soi, dans un pays où la consommation d'alcool est interdite !

Enfin, cela me fait une belle jambe : j'aimerais bien m'intéresser plus aux élections, mais avec le travail que j'ai en ce moment, il ne reste pas une minute de libre.

22h.
Cela fait quelques jours que la ville est spécialement agitée et vit au rythme des bruits engagés : cris partisans, chansons, sifflets, klaxons, pétards et feux d'artifices... Mais ce soir, cela dépasse tout ce que j'ai pu entendre.
Nous sommes tranquilement assis à dîner un délicieux repas indien que notre invité Mister Sing (c'est une autre histoire) nous a préparé, quand se démarquent des bruits de plus en plus forts. Le ciel s'allume de tous côtés de la lumière de feux d'artifices, tandi que des explosions se superposent, déclanchant les alarmes des voitures, faisant aboyer les chiens...
Incroyable. Cela fait peur... on croit avoir entendu le bruit maximum lorsqu'une explosion encore plus tonitruante nous fait se demander comment tout cela va finir.
Entre deux explosions on entend des sifflets, et des bruits métalliques. Ah, c'est cela, le "caserolazo"...
L'opposition avait donné rendez-vous ce soir à 22h pour marquer sa contestation.
On va voir si ça marche, le caserolazo. C'est le symbole de l'opposition, devenu célèbre en 2002 lors des grandes contestations dans l'Est de Caracas.
Bien que ce ne soit pas de ma conviction, tout cela est trop drôle. Je sors une poêle et une cuillère, et c'est parti ! Tac tac tac tac tac tac tac ! Il suffit d'une minute ou deux pour que quelqu'un d'un autre appartement, à ce doux son, ait l'idée de faire de même. Et ainsi de suite !
Je peux m'arrêter et rigoler avec les autres.
Allez, poussons un cri par la fenêtre : "10 milliones !!"

22h15.
L'opposition avait annoncé ce soir une grande expression de mécontentement, mais le calme est déjà revenu. Enfin le calme, ici c'est relatif.

Il ne reste que deux jours avant les élections. C'est un grand événement. Les chavistes sont plein de bonne humeur car Chavez est donné grand favori (autour de 60% des voix), ce que conteste l'opposition qui publie des intentions de vote en chute libre, ce qui n'est pas objectif mais permettra éventuellement crier à la fraude lors de la publication des résultats.
Dimanche c'était la dernière grande marche. Ici, difficile d'avoir des informations objectives, mais à l'international aussi. Une grande chaîne américaine publiait lundi un petit article indiquant "plusieurs dizaines de milliers de sympathisants chavistes se sont réunis sur l'avenue Bolivar" [alors que les estimations tournent autour du million de personnes], suivi d'un long article illustré décrivant "la plus grande manifestation de l'opposition jamais vue".
A l'opposé, un autre journal annonçait "l'élection du 3 décembre sera une des plus surveillées jamais réalisée, des observateurs du monde entier viendront surveiller l'élection de Chavez".
On ne fait pas dans la nuance...

Pour illustrer le clivage, qui est en fait plus que politique, presque philosophique, une petite anecdote : avant-hier j'étais en voiture avec mon professeur (un vieux gauchiste de la vieille), quand à un feu rouge deux jongleurs ont commencé leur show au milieu des voitures, faisant tourner leurs torches enflammées dans la nuit. "Oh, comme c'est beau", rétorqua-t-il, et il leur laissa un grand sourire et quelques pièces au passage.
Le jour suivant, Juliette est passée au même endroit, avec le père d'une fille de la Fac qui la ramenait chez elle. Celui-ci, ne tarissant pas de compliments pour Rosales, s'écria en voyant les jongleurs : "c'est inadmissible, cela devrait être interdits, il faut embarquer ces bons à rien !".
Voilà. C'est un peu ça la différence, même si j'exagère. Mais tout le monde exagère ici, tout est exagéré.

En tous cas, les chavistes sont les plus rigolos !
Quelques extraits de chansons chavistes que l'on entend dans la rue
- "uh ah chavez no se va !" [à écouter via le lien dans un article plus bas]
- "un palo, un palo, un palo por este culo !" [plus ou moins: donnez moi un baton pour boter ce cul]
- "diez miliones, en el buche !" [plus ou moins: on va s'en mettre 10 millions dans la panse ! (10 millions de votes)]
- "chavez si se va........ en el 2021 !!!!" [oui, Chavez s'en va..... en 2021 !]

Désolé de ne parler que de politique. Mais je ne crois pas avoir encore passé une seule journée dans ce pays sans avoir parlé de politique... cela revient sans arrêt dans les conversations. Alors aujourd'hui !

Allez, je retourne au boulot.
A priori tout devrait en se passer. J'espère que l'université ne va pas être fermée ce weekend, que je puisse bosser dans l'atelier... Mardi c'était un peu spéciale, deux groupes (politiques) se sont affrontés à côté de la fac, ça a commencé en bataille de pierres, puis bombes lacrimo (qui rentraient par les fenêtres, sympa...) puis coups de feu... La fac fermée à clé, les gardiens déployés stratégiquement, nous sommes dans un chateau fort. Trois heures de chahut autour des bâtiments, puis cela s'est calmé, les cours ont été suspendus et tout le monde a été mis dehors.
Mais depuis, tout est calme.
Enfin, calme...
Par Pierre-Charles Marais
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Jeudi 31 mai 2007
A l´heure où les medias du monde entier cèdent aux campagnes de desinformation, bien organisees par les medias capitalistes venezueliens, je fus bien heureux de lire un article publie ce jour meme par Le Monde Diplomatique, en réponse au honteux éditorial du Monde du 27-28 Mai.
Depuis deux jours, à mes heures perdues, je travaillais à une réponse à cet éditorial... mais finalement, je ne tenterai pas de rivaliser avec mon journal préféré!!

Lisez l´article : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-05-30-Venezuela
Cet article est vraiment intéressant... Il fait notamment plusieurs allusions à la situation médiatique en France.


Ce que je vais faire, c´est essayer de vous faire sentir un peu l´atmosphère un peu folle qui court depuis jeudi dernier...
C´est curieux, je crois que si l´on s´en tenait aux faits, ce qui se passe aujourd´hui n´est qu´une broutille à coté de la mobilisation anti CPE que j´ai connu l´an passé... - je garde la tete froide -  Quelques (centaines) de flics, c´est peu à coté de la sécurité du G8 ( 12.000 policiers), et 2 helicos... c´est la surveillance permanente du périf parisien.
Mais la grande différence, c´est l´imaginaire collectif, c´est l´histoire du continent, c´est les extremes qui construisent le quotidien... Et la haine qui anime la bipolarisation de la societe venezuelienne.

Ah.... Le Che disait que la révolution ne pouvait se faire sans violence... Il faut croire que l´Amérique Latine n´a rien a voir avec l´Inde, Gandhi n´a pas d´avenir sur ces terres au sang chaud...
Mais moi je marche les cheveux au vent et une fleur dans la bouche - qui sait, cela inspirera peut-etre les foules? Le Venezuela manque de Hippies!!!!


Dans un monde capitaliste, les gouvernements, associations, syndicats et médias, tous sont unis autour de leurs propres intérets.

L´espace radio-electrique est un bien public qui doit etre utilisé pour l´interet collectif. Les medias prives ne peuvent pas offrir la liberte d´expression qu´ils promettent, simplement parce qu´ils travaillent pour leurs interets economiques... Les meilleurs journalistes avec leur meilleure etique peuvent toujours avoir tout le talent qu´ils veulent, ils ne peuvent pas ecrire contre la ligne editoriale du media qui les... emploie.
- pareil pour une chaine publique, vous allez me dire? Ca pourrait etre le cas, dans une societe autocratique, mais le Venezuela ce n´est pas ca, ici ceux qui s´organisent ont la parole! Allumez la television ou arretez-vous une minute devant un kiosque, et dites-moi s´il n´y a pas de liberte d´expression? Tout critique le gouvernement, y compris on peut dire des mensonges sans problemes, appeler a la violence ou meme appeler a l´assassinat du president sans consequences...

Venezolana TV (la chaine d´information du gouvernement) donne peu la parole au gouvernement, c´est vrai, mais comment est ce que cela pourrait etre different dans le contexte actuel? Ah, esperons que la nouvelle chaine, TVES (qui remplacent RCTV maintenant presente uniquement sur satelite) va travailler pour une information de qualite, laissant les deux cotes s´exprimer.
Un service public de l´information PEUT exister, et il ne peut pas etre privé!

Ne vous laissez pas manipul er... Mon opinion, plus privee... c´est que toutes les chaines devraient disparaitre ! eh eh eh...
La télevision est un instrument manipulateur et aliénant...
Il faudrait créer une nouvelle chaine, dont le role serait d´inciter les gens à eteindre la TV et ouvrir un livre ou un journal... Le papier ne manipulera jamais autant que l´audiovisuel...

Demain 7 heures, réunion de "étudiants de gauche".
C´est une honte... il n´y en a pas de masses.

J´étudie à l´Université Centrale du Venezuela, un ile au coeur de Caracas... un campus extraordinaire qui regroupe autour de 60.000 étudiants. Un bijou au coeur de la capitale. Les étudiants de l´UCV ont une grande histoire... en 28 et en 58, ils furent à l´origine de la chute des dictateurs locaux, originant les premières democraties du pays. Les étudiants, la prospective de la sociéte !!
Mais aujourd´hui, l´UCV est une honte... on y trouve essentiellement des fils à papa issus des hautes classe et de la classe moyenne.  (Excusez moi de parler de classes... mais ici c´est une realité evidente! Peut etre ecrirais-je la dessus un jour...) Malheureusement, cela signifie un contexte social d´opposition au gouvernement qui fait tomber un à un les privileges obtenus.
Résultat: les étudiants sont hyper conservateurs et retrogrades! Ils parlent de dictature sans meme penser au progrès social, ils sont deconcertés par une nouvelle realité qui change la donne...
Le "socialisme du XXI siècle" qui guide la révolution bolivarienne ne les interesse pas, c´était mieux avant! Ce pays ou on pouvait etre riche sans penser au pauvres, c´était quand meme mieux...

J´exagère un peu... Il n´y a pas que des fils de riches. Mais il y a un grand malaise face à une revolution qui favorise les couches populaires sans trop se soucier de ceux... qui n´ont pas trop de soucis.
Alors on parle de dictature et d´atteinte à la liberté d´expression quand disparait (légalement) la concession d´une chaine qui ne diffusait que de la merde (feuilletons à la con, emissions racoleuses et informations exclusivement à l´encontre du gouvernement).

Alors la ville s´affole, tout le monde surrenchérit... L´université n´est pas fermée, mais dans ma fac il n´y a ni profs ni etudiants... On entend tout et son contraire...

Le plus fou, c´est cette ambiance de surenchère...
Vendredi, panique, il n´y a plus personne à la Fac. "c´est la guerre!", "les rues sont prises!", "Chavez va tomber", "les accès a Caracas sont fermés, impossible ni d´entrer ni sortir", "les militaires ont tué plusieurs personnes dans la rue!", "l´Université est entourée par la police!".... autant d´informations qui circulent en boucle... et qui sont aussi fausses que loufoques.
Les rues sont calmes... la seule folie c´est que tout le monde ne parle QUE de cela... On dirait que chacun invente son histoire et la diffuse... rien de tout cela n´est vrai.

J´en arrive à avoir peur... que se passe-t-il? Que penser?
Je sors et regarde dehors... je marche jusqu´à la fac... rien de spécial... si ce n´est le campus quasi désert!
Je ne sais pas si chacun invente son reve, ou si tout cela est organisé pour destabiliser le gouvernement... en tout cas, les fantasmes tournent à fond.
Il y a plein de flics... normal, vu les menaces qui filent de partout et ce qui s´est passé en 2002! (le coup d´état, avorté). Quelques bombes lacrimo et quelques blessés... rien d´incroyable en tete de manif.

Cet après-midi, j´étais dans la manif de l´opposition. Les sloggans se succédaient, dans leurs paradoxes: "nous ne sommes pas des golpistas (ceux qui veulent faire un coup d´état), nous sommes des etudiants!", puis "Chavez va tomber!!!"
"Protégeons la liberté d´expression, ceci est une dictature!"
Une dictature où on peut dire ce qu´on veut, manifester et voter, c´est plutot sympa...

Bon, je vous laisse...
Demain 7 heures, je vais voir l´autre coté... celui où j´ai plus de convictions, eh eh eh...
En espérant que cela ne tourne pas à l´affrontement trop souvent provoqué...
Par Pierre-Charles Marais
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Vendredi 8 juin 2007

(desole pour les accents, ils sont alle prendre l´air... ils reviendront peut-etre plus tard.
Quand a l´orthographe, il existe toujours, mais il s´est cache derriere la grammaire espagnole...)


Tout type d´information court...
Les plus extrémistes des étudiants s´enthousiasment du soulevement et revent d´un nouveau coup d´etat... Arf- youps - non, je voulais dire d'un "mouvement populaire"! Qui, comme ils disent, represente l´ecrasante majorite des Venezueliens.
L'ecrasante majorite des Venezueliens...
C´est assez vrai, si on ne sort pas des quartiers riches de la capitale, ou de ma chere Universite Centrale - ile de beaute au coeur du chaos urbain, qui concentre toute l´intelligence que les elites sociales reproduisent de generation en generation.

Je suis dur avec l´U.C.V... C´est quand meme une institution formidable. Mais qui fait passer des examens d´admission d´entree qui ne retiennent que 50 personnes pour 3000 candidats - autant dire que c´est pas facile si tu ne corromps pas un agent administratif. Mais qui draine le plus gros budget educatif du pays sans meme qu´il n´existe un document de comptabilite rendu public - meme l´etat qui pourtant la finance n´a pas la moindre idee des depenses engagees.
Et quand Chavez (un des seuls presidents Venezueliens à n´avoir pas ferme l´universite, alors que ces predecesseurs l´avaient systematiquement fait lorsque les etudiants s´opposaient au regime en place) dit qu´il faut faire le menage la dedans, tout le monde brandit "Autonomie!".

Ne me quite pas mes privileges, mechant dictateur.


Heureusement - enfin, je ne sais pas si c´est heureux, mais c´est ainsi - Chavez n´est pas du genre a renoncer, et encore moins a reculer. Les etudiants d´opposition pourront marcher autant qu´ils veulent, RCTV ne rouvrira pas. TVES emet depuis une semaine deja, et cela change: les seins siliconés ont disparus de l´ecran, on voit plutot des documentaires et des emissions culturelles. J´ai pas regarde beaucoup... la TV n´est pas pour moi... mais ca a l´air un tantinet chiant. Enfin, c´est le debut. Cote infos, il reste du boulot, c´est beaucoup trop oriente propagande du gouvernement! Mais c´est ce que je m´efforce a dire aux etudiants du secteur audiovisuel: organisez vous pour former un observatoire de la chaine, profitez des structures participatives que favorise le gouvernement, pour que TVes soit un bon media!

Mais non... cela n´interesse personne!
En fait, tout le monde s´en fiche de la disparition de la TV poubelle.
Le probleme, c´est les Tshirts rouges.


Je n´ai eu que peu de cours depuis deux semaines... mais peu importe. Il me semble que le contexte est bien plus formateur que quelques classes. Une heure sans une allusion politique, ca existe? eh eh eh...
Le débat court avec mes amis, ceux que je croise... Malheureusement la cesure droite - gauche, ou plus exactement chavistes - opposition est forte, et étant soupconne d´etre chaviste, nombre d´etudiants ne te saluent plus. Quels cretins... la perte n´est pas grande.
Le débat est animé et agreable, surtout avec mes camarades qui sont plutot des gauchistes a divers degres. Bien qu´on nous appelle tous des chavistes, la plupart d´entre nous sont tres critiques vis a vis du gouvernement. Notre vision humaniste prend ses espoirs dans les reformes sociales qui ont lieu, mais les abus et derives du regime gagnent notre perplexite.
Dans la Fac d´Archi, ils sont peu nombreux ceux qui paraissent connaitre la difference entre droite et gauche. Ce n´est pas vraiment ce qui interesse. C´est dommage, car cela ne permet pas une approche constructive. La haine contre Chavez empeche de penser a ce qui est bien ou pas, et tenter de developper ce en quoi on croit.
Mais il faut croire que l´Amerique latine est une terre d´extremes...

Cote chavistes, ce n´est pas tres brillant non plus. A force d´une opposition radicale et sans concessions, les chavistes pratiquent quasiment un culte de la personalité, melangent les themes les uns avec les autres, et ont tendance a se laisser emballer pour assimiler l´ensemble de l´opposition a un groupe de facistes et imperialistes au service des Etats-Unis.
Que les US soient en ce moment meme en train d´aider et financer les mouvements de revoltes, il n´y a aucun doute la dessus. Mais crier a tous les etudiants qu´ils sont des fachos, c´est aussi faux que c'est une erreur strategique car cela empeche toute forme de debat.

Un debat que, deja, l´opposition ne veut pas... En decembre 2006 Chavez annoncait le non renouvellement de la concession de RCTV. Rien ne s´est produit, pas un debat, pas un mouvement...
Aujourd´hui, l´opposition crie "Liberte d´expression!", on lit des sloggans comme "Liberte", "pensee", "opinion"... En general, une succession de notions abstraites, sans explications. Les etudiants de la Fac d´Archi font des bannieres et des affichages vraiment tres jolis. Sur la facade, les lettres du mot AUTONOMIE s´etalent sur une trentaine de metres de hauteur. Ils sont doues. Dommage que ce qu´ils ecrivent ne veule rien dire...


Voila, c´est ca mon Venezuela, ces jours...
Mais enfin...
- intermede musical -
je ne peux omettre de mentionner la douce existence d´une brune belle comme un soleil, qui remplie de joie toutes les minutes qui ne sont pas occupees a autre chose (ca laisse une belle marge, pas vrai?) ...
Quelques points de suspensions vous laisseront surement suffisamment imaginer ces moments la, comme ils vous plairaient le mieux a vous. A moi, ils me vont bien.


Mais retournons a la politique!!
Je vais simplement vous traduire les derniers communiques que j´ai ecrit. Eh oui, c´est bon aussi, la politique me fait ECRIRE! J´ai un peu la honte a distribuer mes tracts pleins de faute de langage, mais bon faut bien commencer... Avec mon accent j´ai mon excuse, et cela touche plutot les gens de me voir ecrire des pamphlets dans ce pays qui n´est pas le mien!
- Un prof d´Alejandra m´a surnomé l´ONU, alors maintenant je distribue des communiques de l´ONU...

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Cela fait plusieurs jours que nous sommes decus, tant par la forte mobilisation des etudiants de l´UCV en opposition radicale au gouvernement sans creer debat ni apporter aucuns arguments ou contenus interessants; tant par les marches chavistes excitees, employant un langage guerrier empechant quelconque dialogue, et melangeant les themes d´actualite avec le repertoire classique.

D´un cote comme de l´autre, on mentionne plus les themes traditionnels de conflit que l´on apporte d´arguments et d´idees, et aucun dialogue n´a lieu.
Cet apres midi meme, la gauche etudiante avait organisé un colloque sur le theme "que doit etre l´universite de demain?" qui a ete soigneusement deserté par toute l´opposition. Vive le débat. Que rien ne change, surtout...
Pour caricaturer les manifestations, on a d´un cote des etudiants criant "liberte d´expression" sans meme essayer de parler sur ce qu´est la liberte d´expression; et les manifs chavistes criant "dehors les facistes", empechant ainsi quelconque dialogue et affirmant la bipolarisation de la societe venezuelienne.

Nous avons plus d´ambition que de rester dans ces schemas traditionnels qui ne nous paraissent aller dans aucune direction raisonable. Nos premieres valeurs sont la reflexion et la discussion. Cela ne veut pas dire etre pour ou contre...
Il faut adopter une attitude constructive.

En tant qu´etudiants, nous n´avons pas la vocation de lecher les botes a un gouvernement. Mais pas non plus de nous opposer pour nous opposer.
Nous sommes nombreux a appuyer l´ambition des changements sociaux qui se dessine dans les elements de nombreuses politiques du gouvernement; cela n´est pas suffisant pour nous coller l´etiquette "chaviste". La seule chose qui est sure quant a notre relation avec le gouvernement actuel, c´est que nous avons une responsabilite face au travail qui reste a accomplir.

Reconnaissant cette situation, nous proposons de creer un groupe d´etudiantes que nous proposons de nommer, dans un premier temps, "pensee critique". Nous proposons ne pas nous coller d´etiquette politique, vu que malheureusement le contexte actuel ne permet pas de garder la tete froide face aux notions politiques.

Notre objectif serait de generer des debats, produire echanges et dialogues, ainsi pour contribuer a l´evolution et l´enrichissement de la reflexion des etudiants de l´UCV, alors qu´il apparait que seul l´affrontement se produit.
Nous voulons que les etudiants participent a la construction sociale, sans s´opposer sans arguments, sans appuyer sans conditions.

---

Merci de m´avoir lu!

Bon vent par la-bas...

Par Pierre-Charles Marais
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Mardi 20 novembre 2007
Chaque jour avant de dormir, je lis Le Monde, en ligne. C'est ma connection avec la France, pour moi qui vis au Venezuela depuis un an et demi. Aujourd'hui, il est tard et je suis fatigué, mais c'est plus fort que moi, je viens de lire l'éditorial du Monde de ce jour et je suis consterné! Quelles sont ces accusations gratuites qui dénigrent le Venezuela et Chavez, tant par les idées non argumentées que par des sous-entendus méprisants.
Une chose est sûre: ma réalité, jour après jour dans le barrio, n'est pas celle du journaliste qui a écrit cet édito.

Les médias français sont les mêmes que ceux du Venezuela, d'un côté comme de l'autre, ils ne pensent qu'à eux. Le Monde, malgré sa réputation de journal sérieux, à l'heure de parler de Chavez se laisse aller à des supositions et relaie les impressions de la classe haute du Venezuela.
CA ME FOUT LA HARGNE!
J'imagine ces franchouillards qui se la passent dans les beaux hotels de Caracas, paient un guide pour faire un tour dans un quartier pauvres, et reviennent tout persuadés de leurs convictions d'occidentaux.
Ben oui, dans le pays de Sarkozy, la corruption n'existe pas, les abus de pouvoir non plus, et la manipulation médiatique, non, bien sûr que non.

Mais pour donner quelques exemples, vous en connaissez beaucoup des pays (des jolis pays démocratiques, comme la France, par exemple), où:
- de très nombreuses personnes, sinon la plupart, ont lu la constitution et en connaissent des passages par coeur?
- l'ensemble de la population peut participer à des assemblées locales régulières qui discutent des politiques locales et ont reconnaissance du gouvernement et possibilité de monter leurs propres projets?
- où la modification de la constitution est soumise à un débat dans la population, diffusée jusque dans la rue puis soumise à référendum?
- où toute personalité élue (maire, gouverneur, président) peut être viré de ses fonctions à la moitié de son mandat si une pétition réunissant 20% des électeurs le demande?
- où le gouvernement fout dehors le FMI et autres bailleurs de fonds internationaux qui pressionnent les états du monde entier à une privatisation tout azimut dans le seul but de rembourser leur dette publique
- où l'opposition peut appeler au coup d'état, à l'assassinat du président, sans être inquiétée plus qu'avec quelques bombes lacrimogènes, alors que les mêmes scandent qu'il n'y a pas de liberté d'expression et que le Venezuela est en dictature
- où le dictateur de type castriste, comme le dit le Monde, a été réélu à 63% (et son parti lors de 9 élections consécutives)

Ceux qui se plaignent de Chavez, ceux qui crient à la dictature, sont tous ceux qui perdent leurs privilèges!

Un petit exemple personnel: vendredi dernier, moi et mes compagnons du groupes des "Etudiants Socialistes" que nous avons monté dans ma Fac d'Archi, nous avons perdu les élections étudiantes. Pas de surprise, l'Université Centrale du Venezuela ne compte que 0.7% d'étudiants issus de la classe pauvre, et l'université est le symbole de l'opposition à Chavez. Les étudiants sont contre Chavez, disent les médias!
Eh oui, ces étudiants issus des classes moyenne et hautes, héritiés de privilèges qu'ils ne veulent pas perdre, fils de deux générations qui ont construit un Venezuela qui depuis 50 ans emmagazine l'argent du pétrole en laissant 60% de sa population sous le seuil de pauvreté, c'est gens là ne sont pas content qu'aujourd'hui, on parle de révolution!

En 8 ans de gouvernement, bien des choses ont changé au Venezuela. Le niveau de vie de la classe populaire s'est formidablement élevé. Bien des problèmes restent, cependant, par exemple la corruption (mais ne croyez pas qu'elle est arrivée avec Chavez), ou l'insécurité qui est un problème majeur.
L'implication de la population dans la vie politique me parait le signe d'une démocratie d'une vigueur exceptionnelle. Ici, on parle de politique chaque jour, l'Assemblée Nationale reçoit et écoute les groupes de manifestants, les déclarations et débats politiques sont diffusés sur l'ensemble des chaînes télévisées, on organise des débats politiques à tous les coins de rue, et on va dire que tout ça est une dictature?

A ce que je sache, ce qu'on appelle la "réélection indéfinie" en commentant sans se cacher qu'elle fera de Chavez un roi à vie, est une mesure qui existe bel et bien en France, où Mr. Sarkozy sera élu autant de fois que le peuple français le voudra. Chavez de même. Autant de fois que le peuple le voudra.

Et j'oubliais, quelques extraits: "Le Venezuela en est réduit à vendre du brut et à importer pratiquement tout ce dont le pays a besoin", "la militarisation de la vie politique, s'accompagnent d'une corruption sans précédent", "Le populisme n'est une bonne solution nulle part".
Est-ce que ça c'est du travail de journalisme? C'est de la propagande! Pas de faits, pas de chiffres, juste des suppositions. Il est beau le journalisme français!
A quand un article sur les dérives autoritaires de Sarkozy? Je suis sûr qu'il y a de quoi dire! Mais non Sarkozy ne s'oppose pas au modèle néo-libéral mais bien au contraire affirme que "tous les pays ont fait ces réformes [néo-libérales], il n'y a pas de raison pour que la France ne puisse pas les faire". C'est moins facile de dire que la démocratie est faible en France, qu'on vote une ou deux fois tous les 5 ans pour déléguer tous les pouvoirs à quelques personnes qui obéissent aux intérêts de ceux qui les financent, sinon de leur mafia... Eh oui, chez nous les politiques ne sont pas populistes, donc on ne les accuse pas d'être des dictateurs.

Je vais vous demander une faveur: interrogez-vous, un moment, au calme, sur ce qu'est la démocratie. Sur ce que sont les élections. Sur notre rôle dans les décisions politiques qui nous concernent. Rien de plus.

J'espère que vous aurez compris que vraiment, ça m'énerve de lire les articles du Monde sur Chavez. Du coup, je me fais plus sceptique sur d'autres sujet, j'imagine que le même traitement est fait au reste de l'information internationale.
Il me reste plus qu'à aller vivre en Iran, au Pakistan et en Lybie pour aller voir ce qu'il en est.
Par Pierre-Charles Marais
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Dimanche 2 décembre 2007
12 raisons variées pour lesquelles un étudiant marcherait contre le gouvernement et voterait contre la réforme constitutionnelle qu'il propose :

* Raison #1 :

Parce qu'il a augmenté les réserves internationales de son pays de 2 milliards de $ (1998 - première élection de Chavez), a 36 milliards de $ (2007)

* Raison #2 :

Parce qu'il a participé à la réactivation de l'OPEP, élevant le prix du barril de brut de 7$ (1998) à 96$ (2007)

* Raison #3 :

Parce qu'il a diminué le niveau de chômage de 18% (nov. 1998) à 7.6% (nov. 2007) (chiffres constatés)

* Raison #4 :

Parce qu'après tant d'années de frustrations, il octroie des milliers de crédits A TOUS, à des niveaux d'intérêts très bas, pour l'acquisition de logement, pour la petite industrie, pour les projets socio-économiques ; et parce qu'il a permis à la classe moyenne de battre le record de vente de véhicules neufs, deux années de suite: 300.000 unités en 2006. (La classe moyenne la grande oubliée du pays?)

* Raison #5:

Parce que, contre tous ceux qui disaient que c'était une calamité, il a substitué la constitution viciée de 1961 par une constitution plus moderne et plus juste (en 1999) où, entre autres, ont été introduits la figure du référendum consultatif (pouvant êtré convoqué sur initiative populaire, du parlement ou du président)et le référendum révocatoire pour tous les élus (à mi-mandat, un élu peut être soumis à un référendum demandant son départ), pour que la MAJORITE ait toujours le pouvoir de s'exprimer et décider de TOUT.

* Raison #6 :

Parce qu'il a changé un pays sans organisation, sans méthodes ni expérience pour discuter ses problèmes; un pays de citoyens désintéressés, sans intérêt à s'exprimer ou participer, pour un pays comme celui-ci, de gens qui lisent, suivent les processus en cours, s'y incorporent, s'informent, se demandent, et ne se laissent plus manipuler, ils votent et manifestent beaucoup !! (en incluant dans ce paquet tous ceux qui n'aiment pas le président actuel)

* Raison #7 :

Parce qu'il a augmenté le budget de la culture à des niveaux jamais vus auparavant, permitant ainsi de construire une cité du cinéma, des studios de production, organiser tous les ans des festivals de théâtre, de ciné, de musique, de cuisine, de poésie, de philosophie, de danse, de contes, de pensée critique, d'arts plastiques, en plus d'un impressionant Festival du Livre et d'une imprimerie nationale pour répartir gratuitement ou à prix très réduit des millions de livres par an, dans les écoles, dans les rues ou dans une des 47 librairies ouvertes dans tout le pays.

* Raison #8 :

Parce qu'il en a terminé avec l'analfabétisme en deux ans (là où les autres gouvernement ont passé 30 ans avec un programme appelé ACUDE, qui n'a jamais donné de résultats)

* Raison #9 :

Parce que CETTE LIBERTE qui existait AVANT (avant 1998, c'est ce que les médias insinuent sans arrêt, avant 1998, on était libre), cette liberté des sous-sol de la police d'état, des persécutions et tortures répétées dans l'ombre, cette liberté des désaparitions forcées (professeurs ou étudiants comme Alberto Lovera, Jorge Rodríguez Padre, Arguimiro Gabaldón, Fabricio Ojeda, Alejandro Tejero et 900 autres jeunes activistes politiques, DONT LES CORPS N'ONT MEME PAS ETE RETROUVES), pour CETTE LIBERTE de crier de jour en jour dans les médias ce que tu veux, manifester et créer des situations de violence extrême, occuper des placer, bloquer des rues, manifester avec des pancartes allant jusqu'à scander l'assassinat de responsables politiques, et finalement, à la fin d'une telle journée laborieuse... (Ufff!) rentrer à la confortable maison des parents pour le dîner... et en plus, on passe à la télé!

(Quelle dictature !!!)

* Raison #10 :

Parce qu'il a changé un pays co-gouverné durant des décennies par le chantage des médias et par l'embassadeur d'un pays étranger, EN CE PAYS, qui maintenant est fier, se gouverne lui même selon ses légitimes intérêts, et dont les citoyens votent quasiment tous les ans, pour que cela continue ainsi.

* Raison #11:

Parce qu'il a évité la vente de PDVSA (l'entreprise pétrolière nationale) comme cela se préparait de fait ; parce qu'il a résilié les honteux contrats avec de nombreuses entreprises étrangères ; parce qu'il a changé cette PDVSA contrôlée par une entreprise américaine, pour celle-ci que nous avons maintenant, qui garantit au peuple le pouvoir de gouvernance des ressources du pétrole selon ses intérêts, à travers une des plus grandes entreprises du monde.

* Raison #12 :

Parce qu'il a construit un deuxième pont sur l'Orinoque (pas de travaux réalisés durant les 60 années précédentes), et projette déjà un troisième. Parce qu'il a construit la première ligne de train et continue à étendre un réseau qui prévoit se projeter très rapidement dans tout le pays (on voit déjà les travaux le long de l'autoroute du côté de Valencia). Parce qu'il a reconstruit le viaduc en temps record (voir le Guiness Book 2007), parce qu'il a construit les systèmes de métro à Maracaibo, Valencia, Caracas (dans 1 an, le réseau aura doublé). Parce qu'il a construit la cité du Cinéma, l'hopital cardiologique infantil le plus grand d'Amérique, parce qu'il asfalte et continue à asfalter rues, avenues et autoroutes (tu te souviens de leur état il y a 10 ans ?). Parce qu'il a construit des CENTAINES de centres d'attention médicale dans les quartiers populaires les plus pauvres et délaissés mais aussi dans les quartiers plus aisés (jusque dans le quartier chic de Las Mercedes!). Parce qu'il a terminé plusieurs autoroutes et continue d'en construire d'autres, qui avaient 25 ans sans évolution. Des téléfériques sont en construction dans les quartiers populaires, des programmes de construction de milliers de logements de toute part, etc, etc, etc.



* APPROUVER LA REFORME CONSTITUTIONNELLE DIMANCHE?

Quelques tuyaux à vérifier toi même :

1. L'article 109, dit que l'Etat RECONNAIT l'autonomie universitaire, et de plus, le vote étudiant deviendra paritaire avec celui des professeurs (au lieu du 1/40 aujourd'hui!) - pouvoir pour les étudiants !

2. L'article 115 non seulement REAFFIRME LA PROPRIETE PRIVEE, (ce qui n'a jamais existé auparavant, mais aussi crée de nouvelles formes de propriété.

3. La réelection indéfinie du président est en vigueur dans 170 DEMOCRATIES DU MONDE, entre autre : France, Espagne, Angleterre, Italie, Allemagne, Portugal, Slovaque, Chipre, Suède, Danemark, Belgique, Slovénie, Grèce, Lettonie, Pays-Bas... Sans oublier l'Australie, où le premier ministre vient d'être réélu pour la cinquième fois consécutive, sans que personne ne s'offusque à travers le monde.

4. La structure de la "nouvelle géométrie du pouvoir" crée de forme DIRECTE un pouvoir d'action et d'autonomie aux plus oubliées des communautés du territoire national, incluyant des ressources économiques mentionnées dans la constitution, UNIQUE chemin pour les voir développées et fortes, dans quelques années. Plus d'équilibre, plus de justice.



Et moi je dis : c'est bien curieux que, ayant tant de raisons pour être contre un gouvernement tel que celui-ci, chaque fois il y ait plus de gens si disposés à le défendre.



AUX URNES !!!



(Merci au professeur Gilberto, vrai auteur de cet article à destination des étudiants de la Faculté d'Architecture et d'Urbanisme, qui chaque semaine sortent manifester contre le gouvernement scandant "Liberté, liberté!")
Par Pierre-Charles Marais
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