Jeudi 6 septembre 2007
Étendu dans le hamac tendu entre deux cocotiers, je me laisse bercer par le lent roulis des vagues qui heurtent la berge sans jamais se lasser. Les palmiers joignent leur doux frétillement que crée cette petite brise qui nous rafraicit aux heures chaudes. Je me balance, caressé par le soleil qui chauffe ma peau toujours trop blanche... Seuls les bruits mélodieux et multicolores me laisse imaginer les oiseaux qui s'agittent dans les hauteurs.
Sur l'eau c'est autre chose, ils paraissent des milliers à s'agiter ensemble... Il doit y avoir un banc de poissons. Ou peut-être à cause des pêcheurs qui passent relever leurs filets, ramant tranquilement sur le flanc de leur canoé.
La mer occupe tout l'horizon. Le matin, claire et quasiment confondue avec le ciel. A cette heure, d'un vert turquoise qui se transforme au loin en une ligne bleu obscur qui contraste avec l'azur flamboyant du ciel. Le soir elle se vêtit de noir tandis que le soleil envoie ses couleurs les plus folles avant de s'engloutir dans les eaux.
A peine la nuit tombée, commencent les tempêtes qui envoient leurs éclairs au loin. C'est un spectacle impressionant... D'un côté ou de l'autre, le ciel s'allume dans une succession de flashs lumineux comme si un stroboscope avait détraqué la nuit. Quand tout se calme, les petites lumières prennent le devant de la toile. Seuls les lointains feux des cargos pétroliers qui se remplissent à l'oléoduc sous-marin délimite l'horizon imaginaire, perdu entre la pluie des étoiles qui brillent si fort sous les tropiques, et le bal des lucioles au dessus de la terre et du plancton fosforescent à la surface de l'eau.

- Pouf.
Le bruit sourd d'une noix de coco qui tombe au sol me rappelle à la réalité.
Cela fait plus d'une semaine que nous sommes à San Antero, et le temps a perdu toute importance... Les jours s'effilent à ne rien faire d'autre que les savourer en douceur, entre un bain de mer, un moment dans le hamac, un coco et la bonne cuisine que nous nous préparons...
Quand j'ai contacté Ana, par Be Welcome, je n'espérais pas trouver un endroit si paradisiaque. L'idée était de connaître un village rural et perdu, qui ne soit pas touristique, sans pour autant se jeter dans un nid de guerilla... pas facile sans contact...
San Antero est l'endroit parfait pour nous: village côtier avec sa rue principale bordée de commerce et pleine d'activité, et toutes ses petites rues en terre battue le long desquelles s'alignent les maisons pauvres au toît de tole ou de palme. Les enfants jouent dans la rue tandis que la vie du foyer se déroule à l'extérieur, à côté de la maison, où il y a plus d'espace et où il fait plus frais. Sur la côte se succèdent les maisons de vacances de familles citadines et de nombreuses cabanes de pêcheurs avec leur canoé fait d'un tronc évidé.
Si de nombreuses maisons ont un âne et quelques poules ou cochons - qui gambadent dans la rue - ce sont des troupeaux de zébus qui paissent dans les prés qui entourent le village. Parfois, on se croirait en Normandie : les colines sont verdoyantes car c'est la saison des pluies, et les de loin les haies paraissent de chênes et de hêtres.
Depuis le village, on peut rejoindre la finca d'Ana en une bonne heure de marche - soit en suivant la côte et traversant la mangrove de palétuviers, soit par la grande route qui mène à la vereda (hameau) Calao, d'où un chemin traverse les prés jusqu'à la finca, champ de cocotiers qui se jette dans la mer.
Ana s'est diplômée comme médecin l'an passé, elle réalise donc son service rural dans le village où sa famille possède la finca qui produit noix de coco, platanos et zébus. C'est le système malheureusement commun en Amérique latine : la propriété de la terre n'est pas entre les mains de ceux qui l'exploitent.
La finca est divisée en trois zones, chacune d'entre elle avec une maisonnette où vit la famille qui réalise le travail quotidien - dans la partie où nous sommes : entretien, ramasser les cocos, les couper. Logement gratuit, salaire de misère et travail minimum - comme cela se pratique.
Toute la famille de Pedro vit sous le même toît : une chambre, la salle de bains et la terrasse où trône la télévision, Dieu universel nourrissant la Terre de ses feuilletons. Mais c'est autour de la maison que se réalisent la plupart des activités : cuisine, lessive, travail et... sieste.
Nous sommes installés dans la maison "centrale", celle des propriétaires, où habite Ana - juste à côté de la famille de Pedro. C'est une jolie maison jaune, tout simple avec son toît de palme. Tout s'organise autour de la terrasse où il fait frais et d'où l'on savoure la mer et les palmiers.

Ainsi, de jour en jour, nous marchons à la découverte des environs, s'étonnant des beautés de la nature et connaissant la vie des gens, tout en menant une vie des plus oisives à la finca.
Partir d'ici? ... pas pressés...


PS: désolé mais des soucis techniques m'empêchent de mettre en ligne mes photos... elles viendront sans doute avec les autres articles, sur Bogotá, la guerilla, le stop en Colombie, le parc Tayrona...
Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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