Il est tard; je ne sais pas encore ce que je vais écrire; mais n'est-ce pas la meilleure des situations pour donner un peu de nouvelles joyeuses, légères, goût mangue - coco - chocolat, comme ces trois délices qui te feraient renier l'existence du paradis?
Ce sont de petites choses, mais commencer la journée en mordant dans une mangue bien mûre - qui chaque fois arbore un gout different - et la terminer en laissant tomber le cacao au pied du drap... ce ne seraient pas des petits détails divins?
Pour une fois, je ne parlerai pas de politique, ni de Caracas, mais de quelques détails intemporels qui caractérisent certainement ces jours qui sont miens...
Un tout petit fait m'a fait prendre conscience d'un changement en moi: je me suis mis à peindre ma piaule. Et pas seulement peindre les murs, mais aménager, cageoler, approprier... la dernière découverte fut une longue conversation sur les arts indigènes, et ça m'a beaucoup plus. Alors je peints des signes astrologiques mayas dans l'appartement. Ma chambre arbore fièrement une laborieuse copie d'une peinture amazonienne.
Un peu de jaune, un peu de rouge, quoi de neuf?
C'est que je me surprends moi-même...
En temps normal, je me plais à dire que je suis toujours prêt à lever le cap. Non pas que je le veuille, mais l'idée me plait. Ne posseder que rien de plus que ce qui rentre dans un sac à dos de 60 litres, ça me plait. Peut-être que cela ne sert à rien, mais moi j'aime bien. Avoir une sorte de garantie de ne pas devenir un gros con. Pouvoir foutre le can à tout moment...
Ce qui est bizarre c'est que, après dix mois, je bouge tous les meubles, je veux tout repeindre... mes objets ont des poussées d'acnée, ils veulent prendre de l'importance!
Vade retro satanas!
¿Que pasa?
Ce serait que... mango - coco - cacao aurait pris une forme humaine...
Peau douce couleur soleil, reflets couleur rêve, transparences couleur liberté... Ces douces sensations, pour lesquelles les mots français me coûtent, tant l'essence me vient naturellement dans mes mots quotidiens, en venezolano...
Je me demande de quoi j'aurais l'air, quand je parlerai en Espagne. Enfin... je m'en fous; j'aurai un accent exotique, eh eh eh!
Le fait est que pour la première fois, je sens un peu de tout ce bordel comme quelque chose de moi. Comme je me le plais à répéter fièrement, Caracas est une ville laide et insuportable, mais je l'aime... Le pire, c'est que je ne sais même pas pourquoi. C'est le grand dilemne qui touche le thème du "retour"... En août, les compagnons rentreront en France, sans grande impatience apparemment... mais personne ne sait pourquoi.
Pourquoi est-ce que l'on se sent bien dans cette merde?
C'est peut-être en rapport avec le fait que les rues qui nous plaisent sont les plus bordéliques, que l'on a passé notre temps à savourer notre désordre...
Ma vie est un grand bordel...
J'ai quelques idées à peu près claires, juste assez pour garder le cap... dans le flou qui reste. Pour rester rêveur. Pas assez pour être dans les airs, mais suffisamment pour être qualifié de "fou" presque chaque jour...
Je ne sais pas vraiment comment elle est arrivée sur mon chemin; elle a marqué le terrain plus fort que les autres. Je ne la connaissais pas mais il n'y avait rien à expliquer. Je ne la connais toujours pas mais tout est clair, il n'y rien à expliquer.
C'est ça qui est chouette. Tout vient naturellement, le naturel des moments partagés, le surnaturel des moments séparés, l'incroyable de tout se qui dépasse les limites physiques...
Le chemin qui se présente arbore des couleurs flamboyantes... on verra comment vont les choses...
Sur ce thème, la vie est plus belle en dehors de VOUS, alors les mots, je les garde en dehors de l'ordinateur!
Portez-vous mal...