Mercredi 22 novembre 2006
Mardi 21 novembre 2006. Dans 12 jours, les élections.
Un suspense qui monte avec ardeur, aussi bien pour l’enjeu que cela représente – pour les uns une salvation ultime, pour les autres la confirmation que la révolution ne fait que commencer – que pour l’angoisse de ce qui va se passer le lendemain. Les rumeurs défilent… si Rosales gagne, les barrios vont fondre sur le centre. Ce serait trop d’espoirs effondrés, trop d’années à commencer à construire le « gouvernement de la rue », comme l’appelle Chavez, pour que tout disparaisse et que le pouvoir reviennent dans les mains des élites qui ont gardé le pays pour eux depuis l’installation de la démocratie en 1958. De retour un président avec une cravate, qui n’a jamais mis les pieds dans un barrio et qui n’a pas l’intention de changer quoi que ce soit, si ce n’est reprivatiser les entreprises nationales et renouer les relations avec les Etats-Unis. Comment supporter cela ? Comment supporter le retrait de la Révolution bolivarienne, qui a fait naître les conseils communaux, les coopératives, les services de proximité… Comment laisser partir le héros qui a compris les pauvres et leur parle comme l’un des leurs, tout originaire qu’il est d’un petit village des Llanos ?
Si Chavez gagne, ce que les sondages indiquent avec une estimation autour de 60% des voix, c’est l’opposition qui prendra la rue. Des articles sur Internet parlent d’un plan « Aube Rouge » qui viserait à prendre le pouvoir par la force le 5 décembre, après avoir constaté les fraudes massives. « Aller voter le 3, commencer les protestations le 4 et virer Chavez du pouvoir le 5 avec le soutien des forces armées.»
Cela fait longtemps que les paranos professionnels ont remplis leurs placards de produits de survie, au cas où. C’est vrai que l’on peut faire référence à la grève de 2002, qui a paralysé le pays pendant 3 mois : plus de carburant, plus d’approvisionnement des magasins (on ne pouvait même plus trouver une bière ! dit-on) mais surtout plus de revenus pétroliers, ce qui s’est traduit par une chute d’environ 15% du PIB, autant dire un pays qui tombe en ruines. L’opposition contrôle l’économie, l’opposition contrôle les médias, mais maintenant le pétrole est nationalisé, et les médias publics se sont développés.
Que va-t-il se passer le 4 décembre 2004 ?
L’opposition va appeler à la fraude, bien que les élections vénézuéliennes soient les plus surveillées du monde et n’aient rien à envier à la plus grande démocratie du monde. Il y aura des manifestations, mais il est probable qu’il ne se passe pas grand chose… un ami m’a expliqué aujourd’hui : le Venezuela est un pays spontané, l’impossible arrive quand on s’y attend le moins. Mais quand tout paraît attendu ainsi, rien ne se passe.
On en est là, dans une polarisation énorme de la société vénézuelienne. Quand on verra les résultats des élections, on verra des zones qui auront 100% de votes pour Chavez. Ou 98%. Ce sont les barrios. D'autres auront 80% - des quartiers populaires. Dans l'Est de Caracas, on verra du Rosales 90%, Chavez 1%. Mais bien sûr il y a des endroits plus pondérés.
Il y a Chavez, et Rosales. Il y a le parti de la révolution bolivarienne, et il y a l'opposition. Il y a les chavistes, et les anti-chavistes. Voilà ce qui est le plus fou, en fait : l'opposition n'a aucun programme. On ne parle pas de droite, on parle d'opposition. On ne parle pas d'un programme politique nouveau, on parle de Chavez le fou. "Tout sauf Chavez", voilà ce que j'entends dans mon immeuble. Tout le monde sait que Rosales signifie un retour au système politique pourri qui existait avant 1998 (l'élection de Chavez). Ils croient que le départ de Chavez va résoudre tous les problèmes du Venezuela.
Les professeurs anti-chavistes s’organisent pour clôturer les examens avant les élections, persuadés qu’ils sont d’un chaos hypothétiques. Les chavistes (discrets, car peu nombreux dans ma fac de bobos) eux, ne changent rien à leur programme.
Ce ne sont que des élections, après tout.