Le sentiment collectif animant les habitants des barrios, leur organisation pragmatique et leur lutte
quotidienne pour l’amélioration de leurs conditions de vie, ne peut être séparé d’une implication poli-
tique. Bien avant 1998, les barrios avaient fait preuve d’une importante organisation politique, avaient
organisé des Conseils Communaux et s’y dénotaient des mouvements activistes qui constituèrent l’es-
sence des mouvements activistes du pays.
Mais l’élection de Hugo Chavez à la Présidence de la République en 1998 a constitué un véritable chan-
gement, puisque celui-ci dirige pour la première fois les politiques de l’Etat vers la population la plus
nécessiteuse, vers les «couches populaires», c’est à dire vers les barrios. C’est donc une adhésion massive
des habitants au projet de Révolution bolivarienne que met en place le gouvernement.
Le Président Chavez revendique une «démocratie participative», aussi appelée «démocratie protagonique». Ce concept repose sur trois bases, prônant le peuple comme base de la politique :
- le vote, pour les élections et les référendums
- la possible révocation des élus à mi-mandat par pétition d’une partie des électeurs
- la participation de la population dans la vie politique.
C’est ce dernier point qui nous intéresse. La participation se définit comme la possibilité de chaque habitant de contribuer aux décisions politiques et à déterminer le développement
local de sa Communauté. Proposition et Action, donc.
La force de proposition politique se pratique essentiellement à travers le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), un réseau organisant une succession hiérarchique de
niveaux de discussion et proposition, depuis les bataillons locaux à la direction du parti.
La force d’action consiste dans les Conseils Comunaux : véritables phares du mouvement politique, ils se créent dans tous le pays. Un Conseil Communal vise à regrouper les habitants
d’une zone d’un maximum de 400 familles (c’est à dire un contour beaucoup plus restreint que celui de la Mairie) qui se réunissent en assemblée à rythme régulier et élisent des
représentants.
Les Conseils Communaux ont vocation à mener leurs projets, pour lesquels ils obtiennent financement de la part du gouvernement. Mais surtout, ils sont reconnus comme les
interlocuteurs locaux, non seulement représentant les habitants mais constituant une force active, en opposition aux structures étatiques incapables de prendre des mesures adaptées à des
besoins particuliers, et de les appliquer dans des conditions qu’elle ne maîtrise presque jamais.
Grace aux Conseils Communaux, le pays bénéficie :
- d’une base solide et motivée pour mettre en place des politiques nationales, capable de s’organiser et
de s’adapter en fonction des besoins locaux
- d’une force de gestion locale à l’origine de projets améliorant les conditions de vie de ses habitants.
Dans leur majorité, les Conseils Communaux sont créés par les habitants soutenant le processus de Ré-
volution bolivarienne, utilisant cet outil politique pour devenir acteurs du développement local, tandis
que les personnes s’opposant au mouvement ont tendance à ignorer ces structures qui rejettent les
schémas de la traditionnelle démocratie représentative.
A San Agustin del Sur, 15 Conseils Communaux ont été créés, tous initiative des habitants s’organisant
entre eux. A peu près 5 d’entre eux constituent déjà une véritable force politique, gérant une quantité
de projets et générant encore plus de propositions - ils se sont établis comme les interlocuteurs incon-
tournables pour toutes les institutions.
Le Conseil Communal Marin Seguiremos Luchando (textuellement, Marin - le nom du quartier - nous
continuerons la bataille) est un de ceux-ci. Il fait vivre la Maison de la Culture Alameda où il organise
tous ses projets au bénéfice de la population de Marin et de San Agustin. Et dans les rues, on sort les
chaises et on se réunie, chaque semaine : organisation, action !