LE BARRIO : UNE RÉALITÉ SOCIALE
Le processus de formation des barrios est à l’origine d’une vie sociale très forte en leur sein. D’abord, ses
habitants sont originaires de villages où les habitants étaient très proches les uns des autres ; projetés
dans la ville, ils y projettent leur mode de vie, créant une nouvelle culture urbaine, issue du mélange des
modes de vie de la campagne de l’Est et de l’Ouest du pays et du contexte urbain.
Ensuite, la difficulté des conditions de vie a développé des liens de solidarité extrêmement forts entre
les habitants d’un barrio : ensemble ils ont dû trouver solution à leur problèmes, qu’il s’agisse de leur
logement, des services, de problèmes de santé ou d’emploi... L’absence de structures sociales publiques
a générer une grande solidarité informelle entre les habitants, constituant un véritable système de vie.
Finalement, le barrio étant en lui-même une grande construction collective, ses habitants constituent
ensemble le grand constructeur de leur réalité.
Le barrio présente donc une grande richesse sociale, caractérisée par la proximité entre ses habitants.
Ceux-ci ont donc une capacité d’organisation représentant une véritable force à l’heure de monter des
projets.
Cette richesse sociale se traduit également par une utilisation propre de l’espace : alors que dans le reste
de la ville les habitants s’enferment derrière leurs grilles, anonymes dans leurs appartements, dans le
barrio la rue est une extension directe de l’espace privé, et l’espace privé souvent projeté dans l’espace
public. Le manque de places et d’équipements sportif transforme les rues en véritables terrains de
sports. Le manque d’espace dans la maison conduit à utiliser la rue (piétonne, donc facile à s’approprier)
pour y réaliser certaines activités : allant du jeu des enfants au bricolage. Mais aussi, on y est bien, dans la
rue, et éplucher ses légumes ou faire la sieste assis devant la maison, c’est l’occasion de saluer les voisins
et discuter un moment avec les passants. Discuter dans la rue peut même se convertir en une intense
activité, quantité de personnes établissant leur occupation ou leur oisiveté sur la place publique.
Mais cette réalité ne va pas sans ses problèmes. Les difficiles conditions de vie du barrio y ont créé les
ingrédients de problèmes sociaux profonds. Le manque d’éducation, les maternités précoces et les
drames familiaux ont semé le terrain de l’alcool, de la drogue, de la déliquance et de la violence, qui
constituent un difficile quotidien pour les habitants confrontés à un réel problème d’insécurité. Les
difficultés économiques vont de pair, le chômage et le sous-emploi touchant une importante partie
de la population dont les ressources suffisent à peine à couvrir ses besoins alimentaires. Et la précarité
spatiale que nous avons déjà mentionné constitue une difficile quotidiannité, les jours de pluie où tout
s’innonde mais aussi les jours où tout va bien, où il faut monter des centaines de marches avant de
pouvoir atteindre sa minuscule maison où par hasard, une fois de plus, l’eau n’arrive pas.
San Agustin offre donc deux facettes : d’une part un incroyable dynamisme et un sentiment collectif
fort qui n’est pas étranger à la culture caribéenne, d’autre part un tissus de difficultés et de problèmes
issus de la dure réalité du barrio.