Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /2008 16:30
Je n'écris plus sur le blog depuis quelque temps... Trop de boulot, sûrement. Pourtant, j'écris presque tous les jours : mon mémoire ! Alors pourquoi ne pas le partager avec vous ?
Promis, j'éviterai les analyses ennuyeuses et spécifiques... Et comme preuve d'amour, je publie les premières photos sur le blog. C'est parti, bienvenu dans le Projet Alameda !



Introduire le projet Alameda à un lecteur européen est une tâche qui nécessite une longue introduction, tant la situation de ce projet dans sa ville et dans son époque sont différents du contexte occidental.
La Maison de la Culture Alameda, c’est le barrio, le quartier populaire de Caracas, dont les maisons de bric et de broc surplombent la ville «formelle», de l’autre côté de l’autoroute.
La Maison de la Culture Alameda, c’est une communauté effervescente, des habitants énergiques et motivés, prêts à s’investir corps et âme pour améliorer les conditions de vie du quartier et faire de leur projet une réalité.
Et la Maison de la Culture Alameda, c’est aussi une époque, en plein coeur de la Révolution bolivarienne, un projet parmi tant d’autres qui se lève sur la vague de la participation populaire et se heurte aux dou-
tes de tout un système.
Avant même de vous donner à connaître la Casa Cultural Alameda (Maison Culturelle, en español), avant
de vous emmener San Agustin del Sur, je vous emmène au Vénézuela. Plus précisemment à Caracas...
Nous sommes en 2008.


LES BARRIOS DE CARACAS

Les barrios sont des zones urbaines dite informelles, qui se sont construites au cours du XX° siècle par
l’occupation de terrains libres par des habitants auto-constructeurs, pour répondre à leurs besoins de
logement. Ce phénomène est commun à l’ensemble du continent américain comme réponse spon-
tannée à l’exode rural massif, et ne peut être séparé de l’histoire du Continent.
Au Venezuela, l’époque pétrolière et l’afflux de fonds en résultant, a donné lieu à une intense activité
commerciale et de construction dans les grandes villes et surtout dans la capitale, Caracas. Les popula-
tions rurales ont progressivement déserté leur vie de pauvreté en recherche de meilleures conditions
de vie.
Dès les années 30, les premières communauté se formaient autour de la ville grandissante, s’installant
sur des terrains libres. Les familles migrantes avaient souvent l’appui de membres de leur Communauté
originelle, déjà installée à Caracas. Sans aucunes ressources financières, ces familles n’ont eu d’autre
solution que construire un rancho, abri réalisé à partir de matériaux de récupération : au début, des
morceaux de carton et quelques bouts de métal, plus tard quelques parpaings et tôles.
Il se sont produits parallèlement deux phénomènes totalement progressifs : la croissance des barrios,
la population augmentant sans cesse (issue de l’imigration rurale et internationale, ainsi que de la forte
natalité), et leur consolidation, au fur et à mesure de l’amélioration des conditions de vie de chaque
famille et Communauté.

Les nouveaux ranchos sont construits à côté des premiers, utilisant d’abord les terrains les plus favora-
bles : proches des réseaux d’eau et d’electricité, proche des lieux de travail et bien sûr, les plus faciles
à construire de par leur pente raisonnable. Au fur et à mesure, les habitants s’organisent entre eux et décident du lieu d’implantation de la prochaine maison, laissant un espace de passage piétonnier et construisant eux-mêmes les infrastructures nécessaires : du cable électrique aux canalisations d’évacuation des eaux usées en passant par les escaliers et ruelles, il a tout fallu faire ensemble, les pouvoirs publics n’intervenant au mieux qu’en mettant à disposition des matériaux.
Mais souvent, ce fut le contraire, l’intervention publique prennant le caractère de l’expulsion, les forces
de l’ordre obligeant des familles à abandonner leur précaire logement pour se retrouver à la rue pour des raisons variées : la défense de la propriété privée occupée, un projet de construction sur le terrain, ou la déclaration du terrain comme «zone à risque», obligeant ses habitants à trouver un autre endroit où recommencer leurs efforts.
Au cours du temps, l’installation de la famille se développe et ses moyens financiers lui permettent
d’améliorer peu à peu son logement : des murs, un vrai toît, une salle-de-bains, puis un autre étage, et
encore un autre, la famille s’agrandissant.
Les barrios se sont donc agrandis jusqu’à recouvrir toutes les collines de Caracas, se sont densifiés, les
maisons occupant peu à peu tout l’espace et une hauteur de plus en plus importantes (les zones les
plus denses présentent des maisons de 4 à 8 étages) et se sont transformés, devenant chaque jour
moins provisoires.
L’Etat a toujours considéré les barrios comme un mal provisoire. Dans les années 50, il mit en place une
politique publique de «nettoyage», construisant à l’image de l’Europe d’après guerre de grands ensem-
bles de tours. Cette politique de construction massive de logements n’attendra jamais le niveau des
besoin, et les grands espaces laissés libres autour des tours furent occupés à nouveau.
On peut mentionner que le désengagement de l’Etat est lié à des choix politiques (la population misé-
reuse étant facilement dominable) et économique (les conditions de vie dans les barrios permettant un
niveau très bas des salaires) qui constituent un cercle vicieux dont l’unique bénéficiaire est la structure
sociale de domination.



























Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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