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A ceux qui trouvent que je n'écris pas assez - écrivez-moi, c'est ma meilleure motivation !
Dimanche 6 avril 2008
Le sentiment collectif animant les habitants des barrios, leur organisation pragmatique et leur lutte
quotidienne pour l’amélioration de leurs conditions de vie, ne peut être séparé d’une implication poli-
tique. Bien avant 1998, les barrios avaient fait preuve d’une importante organisation politique, avaient
organisé des Conseils Communaux et s’y dénotaient des mouvements activistes qui constituèrent l’es-
sence des mouvements activistes du pays.
Mais l’élection de Hugo Chavez à la Présidence de la République en 1998 a constitué un véritable chan-
gement, puisque celui-ci dirige pour la première fois les politiques de l’Etat vers la population la plus
nécessiteuse, vers les «couches populaires», c’est à dire vers les barrios. C’est donc une adhésion massive
des habitants au projet de Révolution bolivarienne que met en place le gouvernement.

Le Président Chavez revendique une «démocratie participative», aussi appelée «démocratie protagonique». Ce concept repose sur trois bases, prônant le peuple comme base de la politique :
- le vote, pour les élections et les référendums
- la possible révocation des élus à mi-mandat par pétition d’une partie des électeurs
- la participation de la population dans la vie politique.

C’est ce dernier point qui nous intéresse. La participation se définit comme la possibilité de chaque habitant de contribuer aux décisions politiques et à déterminer le développement local de sa Communauté. Proposition et Action, donc.
La force de proposition politique se pratique essentiellement à travers le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), un réseau organisant une succession hiérarchique de niveaux de discussion et proposition, depuis les bataillons locaux à la direction du parti.
La force d’action consiste dans les Conseils Comunaux : véritables phares du mouvement politique, ils se créent dans tous le pays. Un Conseil Communal vise à regrouper les habitants d’une zone d’un maximum de 400 familles (c’est à dire un contour beaucoup plus restreint que celui de la Mairie) qui se réunissent en assemblée à rythme régulier et élisent des représentants.
Les Conseils Communaux ont vocation à mener leurs projets, pour lesquels ils obtiennent financement de la part du gouvernement. Mais surtout, ils sont reconnus comme les interlocuteurs locaux, non seulement représentant les habitants mais constituant une force active, en opposition aux structures étatiques incapables de prendre des mesures adaptées à des besoins particuliers, et de les appliquer dans des conditions qu’elle ne maîtrise presque jamais.
Grace aux Conseils Communaux, le pays bénéficie :
- d’une base solide et motivée pour mettre en place des politiques nationales, capable de s’organiser et
de s’adapter en fonction des besoins locaux
- d’une force de gestion locale à l’origine de projets améliorant les conditions de vie de ses habitants.
Dans leur majorité, les Conseils Communaux sont créés par les habitants soutenant le processus de Ré-
volution bolivarienne, utilisant cet outil politique pour devenir acteurs du développement local, tandis
que les personnes s’opposant au mouvement ont tendance à ignorer ces structures qui rejettent les
schémas de la traditionnelle démocratie représentative.
A San Agustin del Sur, 15 Conseils Communaux ont été créés, tous initiative des habitants s’organisant
entre eux. A peu près 5 d’entre eux constituent déjà une véritable force politique, gérant une quantité
de projets et générant encore plus de propositions - ils se sont établis comme les interlocuteurs incon-
tournables pour toutes les institutions.
Le Conseil Communal Marin Seguiremos Luchando (textuellement, Marin - le nom du quartier - nous
continuerons la bataille) est un de ceux-ci. Il fait vivre la Maison de la Culture Alameda où il organise
tous ses projets au bénéfice de la population de Marin et de San Agustin. Et dans les rues, on sort les
chaises et on se réunie, chaque semaine : organisation, action !




Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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Mercredi 2 avril 2008
LE BARRIO : UNE RÉALITÉ SOCIALE

Le processus de formation des barrios est à l’origine d’une vie sociale très forte en leur sein. D’abord, ses
habitants sont originaires de villages où les habitants étaient très proches les uns des autres ; projetés
dans la ville, ils y projettent leur mode de vie, créant une nouvelle culture urbaine, issue du mélange des
modes de vie de la campagne de l’Est et de l’Ouest du pays et du contexte urbain.
Ensuite, la difficulté des conditions de vie a développé des liens de solidarité extrêmement forts entre
les habitants d’un barrio : ensemble ils ont dû trouver solution à leur problèmes, qu’il s’agisse de leur
logement, des services, de problèmes de santé ou d’emploi... L’absence de structures sociales publiques
a générer une grande solidarité informelle entre les habitants, constituant un véritable système de vie.
Finalement, le barrio étant en lui-même une grande construction collective, ses habitants constituent
ensemble le grand constructeur de leur réalité.
Le barrio présente donc une grande richesse sociale, caractérisée par la proximité entre ses habitants.
Ceux-ci ont donc une capacité d’organisation représentant une véritable force à l’heure de monter des
projets.

Cette richesse sociale se traduit également par une utilisation propre de l’espace : alors que dans le reste
de la ville les habitants s’enferment derrière leurs grilles, anonymes dans leurs appartements, dans le
barrio la rue est une extension directe de l’espace privé, et l’espace privé souvent projeté dans l’espace
public. Le manque de places et d’équipements sportif transforme les rues en véritables terrains de
sports. Le manque d’espace dans la maison conduit à utiliser la rue (piétonne, donc facile à s’approprier)
pour y réaliser certaines activités : allant du jeu des enfants au bricolage. Mais aussi, on y est bien, dans la
rue, et éplucher ses légumes ou faire la sieste assis devant la maison, c’est l’occasion de saluer les voisins
et discuter un moment avec les passants. Discuter dans la rue peut même se convertir en une intense
activité, quantité de personnes établissant leur occupation ou leur oisiveté sur la place publique.
Mais cette réalité ne va pas sans ses problèmes. Les difficiles conditions de vie du barrio y ont créé les
ingrédients de problèmes sociaux profonds. Le manque d’éducation, les maternités précoces et les
drames familiaux ont semé le terrain de l’alcool, de la drogue, de la déliquance et de la violence, qui
constituent un difficile quotidien pour les habitants confrontés à un réel problème d’insécurité. Les
difficultés économiques vont de pair, le chômage et le sous-emploi touchant une importante partie
de la population dont les ressources suffisent à peine à couvrir ses besoins alimentaires. Et la précarité
spatiale que nous avons déjà mentionné constitue une difficile quotidiannité, les jours de pluie où tout
s’innonde mais aussi les jours où tout va bien, où il faut monter des centaines de marches avant de
pouvoir atteindre sa minuscule maison où par hasard, une fois de plus, l’eau n’arrive pas.
San Agustin offre donc deux facettes : d’une part un incroyable dynamisme et un sentiment collectif
fort qui n’est pas étranger à la culture caribéenne, d’autre part un tissus de difficultés et de problèmes
issus de la dure réalité du barrio.

Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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Mardi 1 avril 2008
Je n'écris plus sur le blog depuis quelque temps... Trop de boulot, sûrement. Pourtant, j'écris presque tous les jours : mon mémoire ! Alors pourquoi ne pas le partager avec vous ?
Promis, j'éviterai les analyses ennuyeuses et spécifiques... Et comme preuve d'amour, je publie les premières photos sur le blog. C'est parti, bienvenu dans le Projet Alameda !



Introduire le projet Alameda à un lecteur européen est une tâche qui nécessite une longue introduction, tant la situation de ce projet dans sa ville et dans son époque sont différents du contexte occidental.
La Maison de la Culture Alameda, c’est le barrio, le quartier populaire de Caracas, dont les maisons de bric et de broc surplombent la ville «formelle», de l’autre côté de l’autoroute.
La Maison de la Culture Alameda, c’est une communauté effervescente, des habitants énergiques et motivés, prêts à s’investir corps et âme pour améliorer les conditions de vie du quartier et faire de leur projet une réalité.
Et la Maison de la Culture Alameda, c’est aussi une époque, en plein coeur de la Révolution bolivarienne, un projet parmi tant d’autres qui se lève sur la vague de la participation populaire et se heurte aux dou-
tes de tout un système.
Avant même de vous donner à connaître la Casa Cultural Alameda (Maison Culturelle, en español), avant
de vous emmener San Agustin del Sur, je vous emmène au Vénézuela. Plus précisemment à Caracas...
Nous sommes en 2008.


LES BARRIOS DE CARACAS

Les barrios sont des zones urbaines dite informelles, qui se sont construites au cours du XX° siècle par
l’occupation de terrains libres par des habitants auto-constructeurs, pour répondre à leurs besoins de
logement. Ce phénomène est commun à l’ensemble du continent américain comme réponse spon-
tannée à l’exode rural massif, et ne peut être séparé de l’histoire du Continent.
Au Venezuela, l’époque pétrolière et l’afflux de fonds en résultant, a donné lieu à une intense activité
commerciale et de construction dans les grandes villes et surtout dans la capitale, Caracas. Les popula-
tions rurales ont progressivement déserté leur vie de pauvreté en recherche de meilleures conditions
de vie.
Dès les années 30, les premières communauté se formaient autour de la ville grandissante, s’installant
sur des terrains libres. Les familles migrantes avaient souvent l’appui de membres de leur Communauté
originelle, déjà installée à Caracas. Sans aucunes ressources financières, ces familles n’ont eu d’autre
solution que construire un rancho, abri réalisé à partir de matériaux de récupération : au début, des
morceaux de carton et quelques bouts de métal, plus tard quelques parpaings et tôles.
Il se sont produits parallèlement deux phénomènes totalement progressifs : la croissance des barrios,
la population augmentant sans cesse (issue de l’imigration rurale et internationale, ainsi que de la forte
natalité), et leur consolidation, au fur et à mesure de l’amélioration des conditions de vie de chaque
famille et Communauté.

Les nouveaux ranchos sont construits à côté des premiers, utilisant d’abord les terrains les plus favora-
bles : proches des réseaux d’eau et d’electricité, proche des lieux de travail et bien sûr, les plus faciles
à construire de par leur pente raisonnable. Au fur et à mesure, les habitants s’organisent entre eux et décident du lieu d’implantation de la prochaine maison, laissant un espace de passage piétonnier et construisant eux-mêmes les infrastructures nécessaires : du cable électrique aux canalisations d’évacuation des eaux usées en passant par les escaliers et ruelles, il a tout fallu faire ensemble, les pouvoirs publics n’intervenant au mieux qu’en mettant à disposition des matériaux.
Mais souvent, ce fut le contraire, l’intervention publique prennant le caractère de l’expulsion, les forces
de l’ordre obligeant des familles à abandonner leur précaire logement pour se retrouver à la rue pour des raisons variées : la défense de la propriété privée occupée, un projet de construction sur le terrain, ou la déclaration du terrain comme «zone à risque», obligeant ses habitants à trouver un autre endroit où recommencer leurs efforts.
Au cours du temps, l’installation de la famille se développe et ses moyens financiers lui permettent
d’améliorer peu à peu son logement : des murs, un vrai toît, une salle-de-bains, puis un autre étage, et
encore un autre, la famille s’agrandissant.
Les barrios se sont donc agrandis jusqu’à recouvrir toutes les collines de Caracas, se sont densifiés, les
maisons occupant peu à peu tout l’espace et une hauteur de plus en plus importantes (les zones les
plus denses présentent des maisons de 4 à 8 étages) et se sont transformés, devenant chaque jour
moins provisoires.
L’Etat a toujours considéré les barrios comme un mal provisoire. Dans les années 50, il mit en place une
politique publique de «nettoyage», construisant à l’image de l’Europe d’après guerre de grands ensem-
bles de tours. Cette politique de construction massive de logements n’attendra jamais le niveau des
besoin, et les grands espaces laissés libres autour des tours furent occupés à nouveau.
On peut mentionner que le désengagement de l’Etat est lié à des choix politiques (la population misé-
reuse étant facilement dominable) et économique (les conditions de vie dans les barrios permettant un
niveau très bas des salaires) qui constituent un cercle vicieux dont l’unique bénéficiaire est la structure
sociale de domination.



























Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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Samedi 2 février 2008
Bonne nouvelle.
La pression s'est levée, l'avenir prend forme: enfin, j'y vois clair dans ce qui m'attend. Hier, j'ai rencontré le Conseil Communal de San Agustín, qui a reçu avec enthousiasme et intérêt ma proposition de lancer le projet "diseño participativo para la Casa Cultural Alameda" - traduction : Projet participatif pour la maison de la culture Alameda.
Ce lancement et cette confirmation de la part de la communauté, cela signifie pour moi le début du travail concret pour ce projet qui représente un grand chantier... pour moi aussi. Je m'explique: ce projet, c'est mon diplome ! Cela veut donc dire que si tout se passe bien, jury début Juillet, stage final jusqu'à Septembre, et... à moi les plages tropicales !
Ah non, j'y suis déjà... Je voulais dire : au travail, pour de vrai, je vais chercher du boulot !
Ce n'est pas les idées qui manquent... Déjà des propositions, plein de projets, et l'envie de remettre les pieds en France pour un moment. Me confronter à "ma" réalité originelle, acquérir de l'expérience de terrain, développer les idées que je suis en train d'expliquer...
En effet, cela fait plusieurs mois que mes recherches se concentrent sur le "projet participative", les méthodes de participation appliquées à la conception du projet, qui révolutionnent la manière de travailler pour un architecte, et la manière dont s'élabore l'environnement construit pour les usagers.
Ce n'est pas nouveau, depuis les années 70 des professionnels se sont interrogés sur la notion de participation - d'abord dans des domaines n'ayant rien à voir avec l'habitat - sur leur manière de travailler avec leurs clients, et sur les problèmes qu'ils avaient à satisfaire leurs désirs à travers le projet qu'il allait développer pour eux. De manière plus générale, il s'agit aussi de la majeure partie de la population qui n'aurait jamais la possibilité de modifier ou contribuer à leur environnement spacial à part le choix de la couleur de leurs murs. C'est que l'architecte est marginal et participe bien peu à l'élaboration de l'habitat - d'ailleurs, il a réputation d'être un couteux trouble-fête pour maisons de luxe.
Mais au delà du faible lien qu'entretient l'architecte avec l'habitat, il existe de réelles difficultés dans son exercice, pour travailler avec une famille à l'élaboration d'un projet qui représente, plus que les plans d'une maison ou l'aménagement d'un appartement, un projet de vie.

Je suis plongé dans la passionnante analyse de la communication avec le client-usager, et déjà je m'impatiente à vivre le plaisir que semble procurer cette manière de travailler qui privilégie méthode et astuce pour faire naître de rencontres, un projet.
Où je suis déjà plongé, c'est dans l'adaptation concrète de toutes mes lectures à mon projet avec la communauté de San Agustín : assemblées, ateliers, jeux, sont autant d'activités que je mènerai en parallèle aux moyens classiques destinés à recueillir des informations. Je m'installe au près de la communauté comme l'Architecte, ressource qui va les aider à faire naître LEUR projet dans une relation horizontale où nous avons tous à apporter, experts à notre manière, au travail.

L'exposition est imprimée, collage mercredi. Je suis dans la conception des affiches pour la convocation de la première assemblée Samedi 16. Collage prévu dans tout le quartier, troittoirs, poteaux électriques, passerelle... Reste encore pas mal de problèmes à régler pour ne pas subir trop de conséquences des rencoeurs intestines du quartier, favoriser la venue d'un maximum de personnes, et surtout... bien me préparer pour assurer le jour venu !
Je crois que... j'ai vraiment le trac !
Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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Dimanche 2 décembre 2007
12 raisons variées pour lesquelles un étudiant marcherait contre le gouvernement et voterait contre la réforme constitutionnelle qu'il propose :

* Raison #1 :

Parce qu'il a augmenté les réserves internationales de son pays de 2 milliards de $ (1998 - première élection de Chavez), a 36 milliards de $ (2007)

* Raison #2 :

Parce qu'il a participé à la réactivation de l'OPEP, élevant le prix du barril de brut de 7$ (1998) à 96$ (2007)

* Raison #3 :

Parce qu'il a diminué le niveau de chômage de 18% (nov. 1998) à 7.6% (nov. 2007) (chiffres constatés)

* Raison #4 :

Parce qu'après tant d'années de frustrations, il octroie des milliers de crédits A TOUS, à des niveaux d'intérêts très bas, pour l'acquisition de logement, pour la petite industrie, pour les projets socio-économiques ; et parce qu'il a permis à la classe moyenne de battre le record de vente de véhicules neufs, deux années de suite: 300.000 unités en 2006. (La classe moyenne la grande oubliée du pays?)

* Raison #5:

Parce que, contre tous ceux qui disaient que c'était une calamité, il a substitué la constitution viciée de 1961 par une constitution plus moderne et plus juste (en 1999) où, entre autres, ont été introduits la figure du référendum consultatif (pouvant êtré convoqué sur initiative populaire, du parlement ou du président)et le référendum révocatoire pour tous les élus (à mi-mandat, un élu peut être soumis à un référendum demandant son départ), pour que la MAJORITE ait toujours le pouvoir de s'exprimer et décider de TOUT.

* Raison #6 :

Parce qu'il a changé un pays sans organisation, sans méthodes ni expérience pour discuter ses problèmes; un pays de citoyens désintéressés, sans intérêt à s'exprimer ou participer, pour un pays comme celui-ci, de gens qui lisent, suivent les processus en cours, s'y incorporent, s'informent, se demandent, et ne se laissent plus manipuler, ils votent et manifestent beaucoup !! (en incluant dans ce paquet tous ceux qui n'aiment pas le président actuel)

* Raison #7 :

Parce qu'il a augmenté le budget de la culture à des niveaux jamais vus auparavant, permitant ainsi de construire une cité du cinéma, des studios de production, organiser tous les ans des festivals de théâtre, de ciné, de musique, de cuisine, de poésie, de philosophie, de danse, de contes, de pensée critique, d'arts plastiques, en plus d'un impressionant Festival du Livre et d'une imprimerie nationale pour répartir gratuitement ou à prix très réduit des millions de livres par an, dans les écoles, dans les rues ou dans une des 47 librairies ouvertes dans tout le pays.

* Raison #8 :

Parce qu'il en a terminé avec l'analfabétisme en deux ans (là où les autres gouvernement ont passé 30 ans avec un programme appelé ACUDE, qui n'a jamais donné de résultats)

* Raison #9 :

Parce que CETTE LIBERTE qui existait AVANT (avant 1998, c'est ce que les médias insinuent sans arrêt, avant 1998, on était libre), cette liberté des sous-sol de la police d'état, des persécutions et tortures répétées dans l'ombre, cette liberté des désaparitions forcées (professeurs ou étudiants comme Alberto Lovera, Jorge Rodríguez Padre, Arguimiro Gabaldón, Fabricio Ojeda, Alejandro Tejero et 900 autres jeunes activistes politiques, DONT LES CORPS N'ONT MEME PAS ETE RETROUVES), pour CETTE LIBERTE de crier de jour en jour dans les médias ce que tu veux, manifester et créer des situations de violence extrême, occuper des placer, bloquer des rues, manifester avec des pancartes allant jusqu'à scander l'assassinat de responsables politiques, et finalement, à la fin d'une telle journée laborieuse... (Ufff!) rentrer à la confortable maison des parents pour le dîner... et en plus, on passe à la télé!

(Quelle dictature !!!)

* Raison #10 :

Parce qu'il a changé un pays co-gouverné durant des décennies par le chantage des médias et par l'embassadeur d'un pays étranger, EN CE PAYS, qui maintenant est fier, se gouverne lui même selon ses légitimes intérêts, et dont les citoyens votent quasiment tous les ans, pour que cela continue ainsi.

* Raison #11:

Parce qu'il a évité la vente de PDVSA (l'entreprise pétrolière nationale) comme cela se préparait de fait ; parce qu'il a résilié les honteux contrats avec de nombreuses entreprises étrangères ; parce qu'il a changé cette PDVSA contrôlée par une entreprise américaine, pour celle-ci que nous avons maintenant, qui garantit au peuple le pouvoir de gouvernance des ressources du pétrole selon ses intérêts, à travers une des plus grandes entreprises du monde.

* Raison #12 :

Parce qu'il a construit un deuxième pont sur l'Orinoque (pas de travaux réalisés durant les 60 années précédentes), et projette déjà un troisième. Parce qu'il a construit la première ligne de train et continue à étendre un réseau qui prévoit se projeter très rapidement dans tout le pays (on voit déjà les travaux le long de l'autoroute du côté de Valencia). Parce qu'il a reconstruit le viaduc en temps record (voir le Guiness Book 2007), parce qu'il a construit les systèmes de métro à Maracaibo, Valencia, Caracas (dans 1 an, le réseau aura doublé). Parce qu'il a construit la cité du Cinéma, l'hopital cardiologique infantil le plus grand d'Amérique, parce qu'il asfalte et continue à asfalter rues, avenues et autoroutes (tu te souviens de leur état il y a 10 ans ?). Parce qu'il a construit des CENTAINES de centres d'attention médicale dans les quartiers populaires les plus pauvres et délaissés mais aussi dans les quartiers plus aisés (jusque dans le quartier chic de Las Mercedes!). Parce qu'il a terminé plusieurs autoroutes et continue d'en construire d'autres, qui avaient 25 ans sans évolution. Des téléfériques sont en construction dans les quartiers populaires, des programmes de construction de milliers de logements de toute part, etc, etc, etc.



* APPROUVER LA REFORME CONSTITUTIONNELLE DIMANCHE?

Quelques tuyaux à vérifier toi même :

1. L'article 109, dit que l'Etat RECONNAIT l'autonomie universitaire, et de plus, le vote étudiant deviendra paritaire avec celui des professeurs (au lieu du 1/40 aujourd'hui!) - pouvoir pour les étudiants !

2. L'article 115 non seulement REAFFIRME LA PROPRIETE PRIVEE, (ce qui n'a jamais existé auparavant, mais aussi crée de nouvelles formes de propriété.

3. La réelection indéfinie du président est en vigueur dans 170 DEMOCRATIES DU MONDE, entre autre : France, Espagne, Angleterre, Italie, Allemagne, Portugal, Slovaque, Chipre, Suède, Danemark, Belgique, Slovénie, Grèce, Lettonie, Pays-Bas... Sans oublier l'Australie, où le premier ministre vient d'être réélu pour la cinquième fois consécutive, sans que personne ne s'offusque à travers le monde.

4. La structure de la "nouvelle géométrie du pouvoir" crée de forme DIRECTE un pouvoir d'action et d'autonomie aux plus oubliées des communautés du territoire national, incluyant des ressources économiques mentionnées dans la constitution, UNIQUE chemin pour les voir développées et fortes, dans quelques années. Plus d'équilibre, plus de justice.



Et moi je dis : c'est bien curieux que, ayant tant de raisons pour être contre un gouvernement tel que celui-ci, chaque fois il y ait plus de gens si disposés à le défendre.



AUX URNES !!!



(Merci au professeur Gilberto, vrai auteur de cet article à destination des étudiants de la Faculté d'Architecture et d'Urbanisme, qui chaque semaine sortent manifester contre le gouvernement scandant "Liberté, liberté!")
Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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Mardi 20 novembre 2007
Chaque jour avant de dormir, je lis Le Monde, en ligne. C'est ma connection avec la France, pour moi qui vis au Venezuela depuis un an et demi. Aujourd'hui, il est tard et je suis fatigué, mais c'est plus fort que moi, je viens de lire l'éditorial du Monde de ce jour et je suis consterné! Quelles sont ces accusations gratuites qui dénigrent le Venezuela et Chavez, tant par les idées non argumentées que par des sous-entendus méprisants.
Une chose est sûre: ma réalité, jour après jour dans le barrio, n'est pas celle du journaliste qui a écrit cet édito.

Les médias français sont les mêmes que ceux du Venezuela, d'un côté comme de l'autre, ils ne pensent qu'à eux. Le Monde, malgré sa réputation de journal sérieux, à l'heure de parler de Chavez se laisse aller à des supositions et relaie les impressions de la classe haute du Venezuela.
CA ME FOUT LA HARGNE!
J'imagine ces franchouillards qui se la passent dans les beaux hotels de Caracas, paient un guide pour faire un tour dans un quartier pauvres, et reviennent tout persuadés de leurs convictions d'occidentaux.
Ben oui, dans le pays de Sarkozy, la corruption n'existe pas, les abus de pouvoir non plus, et la manipulation médiatique, non, bien sûr que non.

Mais pour donner quelques exemples, vous en connaissez beaucoup des pays (des jolis pays démocratiques, comme la France, par exemple), où:
- de très nombreuses personnes, sinon la plupart, ont lu la constitution et en connaissent des passages par coeur?
- l'ensemble de la population peut participer à des assemblées locales régulières qui discutent des politiques locales et ont reconnaissance du gouvernement et possibilité de monter leurs propres projets?
- où la modification de la constitution est soumise à un débat dans la population, diffusée jusque dans la rue puis soumise à référendum?
- où toute personalité élue (maire, gouverneur, président) peut être viré de ses fonctions à la moitié de son mandat si une pétition réunissant 20% des électeurs le demande?
- où le gouvernement fout dehors le FMI et autres bailleurs de fonds internationaux qui pressionnent les états du monde entier à une privatisation tout azimut dans le seul but de rembourser leur dette publique
- où l'opposition peut appeler au coup d'état, à l'assassinat du président, sans être inquiétée plus qu'avec quelques bombes lacrimogènes, alors que les mêmes scandent qu'il n'y a pas de liberté d'expression et que le Venezuela est en dictature
- où le dictateur de type castriste, comme le dit le Monde, a été réélu à 63% (et son parti lors de 9 élections consécutives)

Ceux qui se plaignent de Chavez, ceux qui crient à la dictature, sont tous ceux qui perdent leurs privilèges!

Un petit exemple personnel: vendredi dernier, moi et mes compagnons du groupes des "Etudiants Socialistes" que nous avons monté dans ma Fac d'Archi, nous avons perdu les élections étudiantes. Pas de surprise, l'Université Centrale du Venezuela ne compte que 0.7% d'étudiants issus de la classe pauvre, et l'université est le symbole de l'opposition à Chavez. Les étudiants sont contre Chavez, disent les médias!
Eh oui, ces étudiants issus des classes moyenne et hautes, héritiés de privilèges qu'ils ne veulent pas perdre, fils de deux générations qui ont construit un Venezuela qui depuis 50 ans emmagazine l'argent du pétrole en laissant 60% de sa population sous le seuil de pauvreté, c'est gens là ne sont pas content qu'aujourd'hui, on parle de révolution!

En 8 ans de gouvernement, bien des choses ont changé au Venezuela. Le niveau de vie de la classe populaire s'est formidablement élevé. Bien des problèmes restent, cependant, par exemple la corruption (mais ne croyez pas qu'elle est arrivée avec Chavez), ou l'insécurité qui est un problème majeur.
L'implication de la population dans la vie politique me parait le signe d'une démocratie d'une vigueur exceptionnelle. Ici, on parle de politique chaque jour, l'Assemblée Nationale reçoit et écoute les groupes de manifestants, les déclarations et débats politiques sont diffusés sur l'ensemble des chaînes télévisées, on organise des débats politiques à tous les coins de rue, et on va dire que tout ça est une dictature?

A ce que je sache, ce qu'on appelle la "réélection indéfinie" en commentant sans se cacher qu'elle fera de Chavez un roi à vie, est une mesure qui existe bel et bien en France, où Mr. Sarkozy sera élu autant de fois que le peuple français le voudra. Chavez de même. Autant de fois que le peuple le voudra.

Et j'oubliais, quelques extraits: "Le Venezuela en est réduit à vendre du brut et à importer pratiquement tout ce dont le pays a besoin", "la militarisation de la vie politique, s'accompagnent d'une corruption sans précédent", "Le populisme n'est une bonne solution nulle part".
Est-ce que ça c'est du travail de journalisme? C'est de la propagande! Pas de faits, pas de chiffres, juste des suppositions. Il est beau le journalisme français!
A quand un article sur les dérives autoritaires de Sarkozy? Je suis sûr qu'il y a de quoi dire! Mais non Sarkozy ne s'oppose pas au modèle néo-libéral mais bien au contraire affirme que "tous les pays ont fait ces réformes [néo-libérales], il n'y a pas de raison pour que la France ne puisse pas les faire". C'est moins facile de dire que la démocratie est faible en France, qu'on vote une ou deux fois tous les 5 ans pour déléguer tous les pouvoirs à quelques personnes qui obéissent aux intérêts de ceux qui les financent, sinon de leur mafia... Eh oui, chez nous les politiques ne sont pas populistes, donc on ne les accuse pas d'être des dictateurs.

Je vais vous demander une faveur: interrogez-vous, un moment, au calme, sur ce qu'est la démocratie. Sur ce que sont les élections. Sur notre rôle dans les décisions politiques qui nous concernent. Rien de plus.

J'espère que vous aurez compris que vraiment, ça m'énerve de lire les articles du Monde sur Chavez. Du coup, je me fais plus sceptique sur d'autres sujet, j'imagine que le même traitement est fait au reste de l'information internationale.
Il me reste plus qu'à aller vivre en Iran, au Pakistan et en Lybie pour aller voir ce qu'il en est.
Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : informations
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Jeudi 8 novembre 2007

C'est un gars de San Agustin. Un mec, comme les autres... bien des fois je l'avais croisé, parfois je lui avais demandé un service - nous emmener plus haut dans le cerro, par où on ne me connait pas et il est très imprudent de s'aventurer seul.

Je l'ai souvent vu à moitié bourré, comme pas mal de gens. Surtout à partir du jeudi soir! Mais bon, d'autres fois, non. Je me souviens d'une fois, je l'avais rencontré avec son père, qu'il emmenait au centre de santé, car il n'était pas bien.

Son vrai nom c'est Alberto, je crois. Enfin, on s'en fout.


Peluché.


L'autre jour, j'attendai les compagnons de travail. Comme d'habitude, personne à l'horizon. On est samedi, il y a toujours une bonne excuse... peu importe. Cela fait longtemps que les lapins me laissent insignifiants. J'essaie d'être le plus effectif possible et puis j'essaie de motiver les autres à se bouger pour le projet communautaire - mais quand c'est pas obligatoire, c'est plus dur!
Pour moi, c'est plus facile.


- Hey Pierre!

Peluché est assis en face de la Alameda, avec deux compagnons.

Parfois c'est à moitié ennuyant de commencer à discuter avec un de ces ivrognes qui t'accostent dans la rue, parce que ça n'en finit jamais. Le positif c'est que tu apprends toujours un peu de choses sur le barrio, et puis c'est rigolo. On te présente à d'autres personnes, tu tisses les contacts, et tu constitue en même temps ton réseau de connaissance et de protection. Le côté chiant, c'est qu'en fonction du degré d'imprégnation, c'est plus ou moins intéressant!


- Epa Peluché. Buenas tardes compañeros. Dame un traguito mi pana!
S'intégrer ce n'est pas accepter un verre, c'est le réclamer! Et pourtant, le Carta Roja, c'est pas de la tarte. C'est de l'essence, comme disent certains.

Le tout petit gobelet passe sous la bouteille. C'est mon tour. Je retourne le verre.

- Et tu sers pas les copains?

Le verre continue de tourner.


Assis sur une marche, à l'ombre d'un ficus, les voitures passent à quelques mètres devant notre nez. Rien. C'est l'endroit du rien. A quelques mètres, on voit la vie qui s'active. Mais ici, on est assis, passifs. C'est comme un coin gris, un coin de la déprime, au coeur même de la ville active. Un moment sans force, dans cette vite pleine de luttes.


Je ne me souviens plus comment la conversation a commencé. Ca doit être parce que cela n'a pas d'importance. Dans l'aventure intérieure du voyageur, il y a toujours des annecdotes insignifiantes qui nous plaisent. Mais dans l'incroyable du quotidien, comment l'insignifiant pourrait-il prendre de l'importance?

Je ne me souviens plus comment la conversation a commencé. Ca doit être que Peluché avait envie de parler, et moi j'avais envie de l'écouter.


- 47 ans? Presque comme mon père.

- Oui, mais j'ai pas d'enfants. Enfin, plus...

L'année prochaine, j'arrête le travail. Je vais avoir une petite pension, du coup, je vais pouvoir consacrer plus de temps à la communauté.

- Tu es né à San Agustin?

- Oui... à l'époque, il n'y avait pas autant de monde. Mes parents avaient construit un rancho en bas du cerro. Petit à petit, ça s'améliorait. On était les pauvres parmis les pauvres, mais partout c'était pareil. Quand j'étais vers ton âge, ça faisait bien longtemps que je travaillais, et je savais qu'on ne pouvait compter que sur nous. Il n'y avait rien, à San Agustin, pas les rues, il fallait construire l'eau, tout. Le côté positif, c'est que les gens étaient très soudés. Il fallait s'entraider.


Si on voulait que quelque chose soit fait ou se passe, c'était simple: il fallait l'organiser nous même. Moi, je jouais des percussions, et comme tu sais à Marin il y a toujours eu des musiciens incroyables, on faisait des fêtes extraordinaires. Il se passait toujours des choses, il y a vait de la vie. Et puis, on commençait à s'organiser politiquement.

A cette époque, c'était la démocratie et tout ça. C'était nouveau mais tu parles, l'illusion n'a pas duré longtemps. La démocratie, les droits et tout ça, c'était juste pour les riches. AD [gauche] ou Copei [Droite] c'était pareil, c'était la grande répartition de l'argent du pétrole entre la classe dominante. Dans les barrios, ça allait de pire en pire, il y avait de plus en plus de gens, de plus en plus de problèmes, et rien ne s'arrangeait.

Mais on organisait des évènements culturels, ben tu vois, c'était sous le premier gouvernement de CAP (Carlos Andres Perez), ils nous envoyaient des policiers qui embarquaient les organisateurs pour les tabasser. Ca m'est arrivé plusieurs fois...

Ils débarquaient, sans prévenir, sans raison. Pour eux, la communauté qui s'organise, c'était pas ce qu'ils voulaient. Nous on organisait rien que des événements culturels, des trucs qui plaisaient à tout le monde, mais de temps en temps, ils débarquaient et ils nous chopaient.


Je me souviens d'une des pire fois... De l'autre côté de l'autoroute, ils étaient en train de construire Parque Central. Ils ont débarqué à l'improviste et en nous tabassant, ils nous embarquait. On ne faisait rien, mais c'était la consigne: pas d'organisation communautaire. Ils nous ont embarqué dans le chantier. Je me souviens pas vraiment d'où on était, mais on était haut, entre les colonnes en béton, on voyait tout Caracas... On était deux, ils nous avaient attachés sur une chaise.

C'était pas la première fois. Ils savaient qu'on ne faisait pas seulement des fêtes. On essayait de s'organiser, parce que tu comprends, tout ça, ça pouvait pas durer comme ça. Il y avait des groupes, à Catia, qui avaient beaucoup plus d'expérience que nous, et à San Agustin aussi, il y en avait qui avaient des idées et tout ça.
Moi j'étais sur la chaise, ligoté, déjà épuisé des coups de pieds et des baffes qu'ils m'avaient mis. Tu parles, ils se gênent pas...
Ils m'ont mis un sac plastique sur la tête. Ils cognaient. Ce qu'ils voulaient, c'était des noms. Ceux qui nous aidaient à nous organiser. Moi, j'aurais préférer crever que de leur dire quoique ce soit. Tu vois, il y a des films où tu vois le mec il en peut plus, il craque; d'autre, c'est un héros, il dit rien. Moi j'étais pas un héros, que dalle, mais c'était plus fort que tout, c'était la vie qui était en jeu, pas seulement ma vie à moi, mais notre existence. Il fallait pas se laisser faire.

J'avais le sac plastique sur la tête. Ils ont foutu une bombe lacrimo dedans.


Rien à foutre, j'ai rien dit.

Finalement ils ont dû nous laisser, et pour nous emmerder ils nous ont balancé, en slip, sans rien, à Cotiza, le plus loin qu'ils pouvaient.
Là-bas on se démerdait pour rentrer. C'était pas si facile, sans rien, mais on s'en foutait.


A la fin des années 70, on a fait un attentat. Un truc du diable, avec une organisation incroyable, il fallait que ça bouge. On avait tout prévu: on avait réussi à confectionner une bombe artisanale, et on voulait faire sauter Miraflores [le palais présidentiel], qu'ils voient un peu que nous on compte, les gens des barrios, qu'on est pas juste des animaux pour travailler dans les usines et puis crever dans notre coin pendant que les riches s'enrichient avec l'argent du pétrole.

On est passé par les égouts. On avait de la merde jusqu'au coup. Jusqu'à là, tu vois, de la merde. Et puis comme ça, on est arrivé sous Miraflores. Il y avait pas de protections et tout ça. On a mis la charge à un endroit, au final on a réussi à fait tomber une colonne seulement, ça a pas fait beaucoup de dégats, mais c'était symbolique. En fait ça a pas vraiment fonctionné comme on voulait. A un moment, je me suis retrouvé face à un militaire. Lui aussi il était dans la merde. Il m'a mit sa mitraillette sur la gueule, et moi j'ai vu que j'étais mort. Je voulais pas mourir.

Alors j'ai pensé que je pouvais sortir mon couteau. Vu dans quoi on nageait, il pouvait rien voir.

J'ai sorti mon couteau, en dessous, sous la merde, et je lui ai ouvert les tripes. Comme ça... fiiou.

Tu vois, ça parait tout simple, mais je voulais pas mourir. J'ai même pas pensé - c'était lui ou moi. Jamais j'aurais pensé tuer quelqu'un.
Je suis reparti avec son arme.


C'était pas une époque facile pour moi et les compagnons. Je me souviens, je vendais des armes. On avait la hargne, il falait que ça change. Et contre ceux qui ont l'argent et le pouvoir, on avait pas d'autres moyens. Dans la rue j'avais un petit panier, et je vendais des empanadas. Dessous, caché sous les empanadas, j'avais des flingues. Comme ça, j'étais tranquile, on pouvait pas voir que je vendais des armes.


Mais vite, après l'histoire de Miraflores, j'ai dû m'exiler. Il y a un moment où tu peux pas te cacher. Alors il fallait partir. J'avais ma femme et mes deux filles, mais je pouvais pas les emmener avec moi. On avait pas grand chose... Je leur ai laissé, la maison, et je suis parti, sans rien, en Colombie, et j'ai rejoint Panama. Que voulais tu que je fasse...

Six mois après, un copain m'a appelé: ils ont tué ta femme et tes deux filles.


Est-ce que tu t'imagines ce que c'est, que d'apprendre que ta femme et tes filles sont mortes?
Ces petites filles, ces petits bout de chou si fantastiques!
Ils les ont TUEES!!


Elles étaient mortes, et je ne pouvais rien faire.
Tu t'imagines ce que c'est, ça, d'apprendre que tes filles sont mortes, et tu ne peux même pas y aller?


- Non, je n'imagine pas...

Et j'espère ne jamais pouvoir imaginer...


Ce gros dur à la peau percée de cicatrices, il pleure...


- Bois un coup.


- Tu as raison... Dieu fasse que jamais personne ne connaisse quelque chose comme ça.

J'ai dû attendre deux ans pour pouvoir rentrer.

Deux ans.

Quand je suis rentré [le président avait changé], je n'avais qu'une seule pensée: venger mes filles.

J'ai passé 6 mois à retrouvé qui avait fait cette saloperie. Ils étaient deux policiers. Je les ai retrouvé, et je suis allé chez eux.
C'était simple. Je suis rentré, je ne sais pas pourquoi, ils étaient ensemble. Je les ai vu, et dans leurs yeux, j'ai vu mes filles, si jeunes, qui étaient là. Je n'ai pas hésité.


 poum, poum


Ils sont tombés, comme des bouts de chiffon. Comme ça, rien de plus.

Ils me regardaient, et ils sont tombés, l'air con.

Ils sont tombés contre le mur, leur torse commençait à pisser le sang.
Ils avaient toujours l'air aussi cons.


C'est la dernière saloperie que j'ai faite.

Je me suis barré, et je sais pas pourquoi, j'ai jamais eu de problèmes avec ça. J'ai commencé à être prof d'agronomie, à faire des recherches, et puis j'ai hérité d'une terre du côté de Mérida.

Là bas je partais pendant des semaines, et on produisait de tout! Des patates, de choux, du maïs, et on faisait des expériences, ça marchait très bien. J'avais 5 personnes qui travaillaient là bas, sur 16 hectares.

Je me suis associé avec une chaîne de supermarché, pour avoir des fonds, et un jour, que j'étais bourré, ils m'ont fait signer un papier qui disait que je leur vendais tout.


Je me suis retrouvé sans rien.


Bois un coup...

- Toi d'abord.


- Et puis tu vois, je suis là, et on continue la lutte...

Aujourd'hui c'est plus facile, on a le commandante qui est là avec nous, il nous appuie... Il veut que ça change, et ça change.

 

C'est drôle, c'est à ce moment qu'il s'est mit à pleuvoir.

Ca tombait bien, ça m'a évité de me retrouver sans rien à dire...

Qu'est-ce que tu veux dire après ça? Raconter des petites aventures d'une fois que j'ai eu un peu froid quand j'étais dans la tente?


La pluie est tombé d'un coup.

Par comme un pluie qui tombe, mais comme un objet qui tombe d'une table.

A la même vitesse, tu te prends un seau d'eau sur la tête. Alors tu bouge ton cul.

- Salut!

 

---
Il m'a fallu boire un bon coup pour réussir à écrire ça.

C'est la première fois que je pleure en écrivant, et c'est pas pour une fille.

Je dois préciser, Péluche, il m'a pas dit tout ça d'un trait, il fallait que je lui fasse bien des questions, pour tirer les faits, pour comprendre, peut-être même que j'ai même déformé des choses. Mais voilà.


Qu'est-ce que vous voulez que je commente?

Y a rien à dire.

 

 

.

 

 

 

Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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Jeudi 6 septembre 2007
Étendu dans le hamac tendu entre deux cocotiers, je me laisse bercer par le lent roulis des vagues qui heurtent la berge sans jamais se lasser. Les palmiers joignent leur doux frétillement que crée cette petite brise qui nous rafraicit aux heures chaudes. Je me balance, caressé par le soleil qui chauffe ma peau toujours trop blanche... Seuls les bruits mélodieux et multicolores me laisse imaginer les oiseaux qui s'agittent dans les hauteurs.
Sur l'eau c'est autre chose, ils paraissent des milliers à s'agiter ensemble... Il doit y avoir un banc de poissons. Ou peut-être à cause des pêcheurs qui passent relever leurs filets, ramant tranquilement sur le flanc de leur canoé.
La mer occupe tout l'horizon. Le matin, claire et quasiment confondue avec le ciel. A cette heure, d'un vert turquoise qui se transforme au loin en une ligne bleu obscur qui contraste avec l'azur flamboyant du ciel. Le soir elle se vêtit de noir tandis que le soleil envoie ses couleurs les plus folles avant de s'engloutir dans les eaux.
A peine la nuit tombée, commencent les tempêtes qui envoient leurs éclairs au loin. C'est un spectacle impressionant... D'un côté ou de l'autre, le ciel s'allume dans une succession de flashs lumineux comme si un stroboscope avait détraqué la nuit. Quand tout se calme, les petites lumières prennent le devant de la toile. Seuls les lointains feux des cargos pétroliers qui se remplissent à l'oléoduc sous-marin délimite l'horizon imaginaire, perdu entre la pluie des étoiles qui brillent si fort sous les tropiques, et le bal des lucioles au dessus de la terre et du plancton fosforescent à la surface de l'eau.

- Pouf.
Le bruit sourd d'une noix de coco qui tombe au sol me rappelle à la réalité.
Cela fait plus d'une semaine que nous sommes à San Antero, et le temps a perdu toute importance... Les jours s'effilent à ne rien faire d'autre que les savourer en douceur, entre un bain de mer, un moment dans le hamac, un coco et la bonne cuisine que nous nous préparons...
Quand j'ai contacté Ana, par Be Welcome, je n'espérais pas trouver un endroit si paradisiaque. L'idée était de connaître un village rural et perdu, qui ne soit pas touristique, sans pour autant se jeter dans un nid de guerilla... pas facile sans contact...
San Antero est l'endroit parfait pour nous: village côtier avec sa rue principale bordée de commerce et pleine d'activité, et toutes ses petites rues en terre battue le long desquelles s'alignent les maisons pauvres au toît de tole ou de palme. Les enfants jouent dans la rue tandis que la vie du foyer se déroule à l'extérieur, à côté de la maison, où il y a plus d'espace et où il fait plus frais. Sur la côte se succèdent les maisons de vacances de familles citadines et de nombreuses cabanes de pêcheurs avec leur canoé fait d'un tronc évidé.
Si de nombreuses maisons ont un âne et quelques poules ou cochons - qui gambadent dans la rue - ce sont des troupeaux de zébus qui paissent dans les prés qui entourent le village. Parfois, on se croirait en Normandie : les colines sont verdoyantes car c'est la saison des pluies, et les de loin les haies paraissent de chênes et de hêtres.
Depuis le village, on peut rejoindre la finca d'Ana en une bonne heure de marche - soit en suivant la côte et traversant la mangrove de palétuviers, soit par la grande route qui mène à la vereda (hameau) Calao, d'où un chemin traverse les prés jusqu'à la finca, champ de cocotiers qui se jette dans la mer.
Ana s'est diplômée comme médecin l'an passé, elle réalise donc son service rural dans le village où sa famille possède la finca qui produit noix de coco, platanos et zébus. C'est le système malheureusement commun en Amérique latine : la propriété de la terre n'est pas entre les mains de ceux qui l'exploitent.
La finca est divisée en trois zones, chacune d'entre elle avec une maisonnette où vit la famille qui réalise le travail quotidien - dans la partie où nous sommes : entretien, ramasser les cocos, les couper. Logement gratuit, salaire de misère et travail minimum - comme cela se pratique.
Toute la famille de Pedro vit sous le même toît : une chambre, la salle de bains et la terrasse où trône la télévision, Dieu universel nourrissant la Terre de ses feuilletons. Mais c'est autour de la maison que se réalisent la plupart des activités : cuisine, lessive, travail et... sieste.
Nous sommes installés dans la maison "centrale", celle des propriétaires, où habite Ana - juste à côté de la famille de Pedro. C'est une jolie maison jaune, tout simple avec son toît de palme. Tout s'organise autour de la terrasse où il fait frais et d'où l'on savoure la mer et les palmiers.

Ainsi, de jour en jour, nous marchons à la découverte des environs, s'étonnant des beautés de la nature et connaissant la vie des gens, tout en menant une vie des plus oisives à la finca.
Partir d'ici? ... pas pressés...


PS: désolé mais des soucis techniques m'empêchent de mettre en ligne mes photos... elles viendront sans doute avec les autres articles, sur Bogotá, la guerilla, le stop en Colombie, le parc Tayrona...
Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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Dimanche 24 juin 2007

Courte nouvelle (AFP):

Pierre-Charles sera de visite en France du 13 Septembre au 1er Octobre 2007.

Par la suite, il retournera au Venezuela où il realisera son diplome - eh oui, il s'est décidé, enfin - pour le présenter à Paris en juin 2008...

[pour les visiteurs potentiels: je serai en vacances du 20 juillet au 28 août, mais pendant ce temps je serai à la plage... au Venezuela ou en Colombie, où j'ai prévu passer le mois d'août]

Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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Jeudi 14 juin 2007

Il est tard; je ne sais pas encore ce que je vais écrire; mais n'est-ce pas la meilleure des situations pour donner un peu de nouvelles joyeuses, légères, goût mangue - coco - chocolat, comme ces trois délices qui te feraient renier l'existence du paradis?
Ce sont de petites choses, mais commencer la journée en mordant dans une mangue bien mûre - qui chaque fois arbore un gout different - et la terminer en laissant tomber le cacao au pied du drap... ce ne seraient pas des petits détails divins?

Pour une fois, je ne parlerai pas de politique, ni de Caracas, mais de quelques détails intemporels qui caractérisent certainement ces jours qui sont miens...

Un tout petit fait m'a fait prendre conscience d'un changement en moi: je me suis mis à peindre ma piaule. Et pas seulement peindre les murs, mais aménager, cageoler, approprier... la dernière découverte fut une longue conversation sur les arts indigènes, et ça m'a beaucoup plus. Alors je peints des signes astrologiques mayas dans l'appartement. Ma chambre arbore fièrement une laborieuse copie d'une peinture amazonienne.
Un peu de jaune, un peu de rouge, quoi de neuf?
C'est que je me surprends moi-même...
En temps normal, je me plais à dire que je suis toujours prêt à lever le cap. Non pas que je le veuille, mais l'idée me plait. Ne posseder que rien de plus que ce qui rentre dans un sac à dos de 60 litres, ça me plait. Peut-être que cela ne sert à rien, mais moi j'aime bien. Avoir une sorte de garantie de ne pas devenir un gros con. Pouvoir foutre le can à tout moment...

Ce qui est bizarre c'est que, après dix mois, je bouge tous les meubles, je veux tout repeindre... mes objets ont des poussées d'acnée, ils veulent prendre de l'importance!
Vade retro satanas!
¿Que pasa?

Ce serait que... mango - coco - cacao aurait pris une forme humaine...
Peau douce couleur soleil, reflets couleur rêve, transparences couleur liberté... Ces douces sensations, pour lesquelles les mots français me coûtent, tant l'essence me vient naturellement dans mes mots quotidiens, en venezolano...
Je me demande de quoi j'aurais l'air, quand je parlerai en Espagne. Enfin... je m'en fous; j'aurai un accent exotique, eh eh eh!

Le fait est que pour la première fois, je sens un peu de tout ce bordel comme quelque chose de moi. Comme je me le plais à répéter fièrement, Caracas est une ville laide et insuportable, mais je l'aime... Le pire, c'est que je ne sais même pas pourquoi. C'est le grand dilemne qui touche le thème du "retour"... En août, les compagnons rentreront en France, sans grande impatience apparemment... mais personne ne sait pourquoi.
Pourquoi est-ce que l'on se sent bien dans cette merde?
C'est peut-être en rapport avec le fait que les rues qui nous plaisent sont les plus bordéliques, que l'on a passé notre temps à savourer notre désordre...

Ma vie est un grand bordel...
J'ai quelques idées à peu près claires, juste assez pour garder le cap... dans le flou qui reste. Pour rester rêveur. Pas assez pour être dans les airs, mais suffisamment pour être qualifié de "fou" presque chaque jour...

Je ne sais pas vraiment comment elle est arrivée sur mon chemin; elle a marqué le terrain plus fort que les autres. Je ne la connaissais pas mais il n'y avait rien à expliquer. Je ne la connais toujours pas mais tout est clair, il n'y rien à expliquer.
C'est ça qui est chouette. Tout vient naturellement, le naturel des moments partagés, le surnaturel des moments séparés, l'incroyable de tout se qui dépasse les limites physiques...
Le chemin qui se présente arbore des couleurs flamboyantes... on verra comment vont les choses...
Sur ce thème, la vie est plus belle en dehors de VOUS, alors les mots, je les garde en dehors de l'ordinateur!

Portez-vous mal...

Par Pierre-Charles Marais - Publié dans : carnet de route
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